La position fœtale pour échapper à l’ours : mythe ou réalité?

La position fœtale pour échapper à l’ours : mythe ou réalité?

Ce texte figure dans la série L'été sous la loupe.


La bonne odeur d’épinette remplit vos narines alors que vous vous promenez en forêt, après un bel après-midi de randonnée qui touche à sa fin. À l’approche d’une clairière, vous sentez vos poils qui se hérissent : un ours noir, plus poilu et surtout plus imposant que vous, regarde dans votre direction. Vous n’avez pas écouté votre oncle un peu trop intense qui vous a suggéré de transporter une bombonne de gaz poivré, mais vous suivez ses conseils et adoptez la position fœtale lorsque l’animal s’approche de vous en rugissant. Est-ce la bonne tactique?

Réponse : Non. Votre réaction pourrait être pire, mais la position fœtale n’est pas le réflexe idéal dans cette situation.

Explication : Tout d’abord, il faut préciser que la plupart des rencontres avec un ours ne mènent pas à une attaque ou à des blessures.  « Dans la majorité des cas, l’ours a plus peur de l’humain que l’humain a peur de lui, à tout le moins pour l’ours noir », précise Guillaume Rivest, propriétaire de l’entreprise de plein air Exode bâtisseur d’aventures.

L’homme qui s’est retrouvé face aux ours à quelques reprises explique que dans les rares cas où une attaque se produit, il est très important d’identifier la nature de celle-ci afin de bien se préparer pour la suite des événements.

Les attaques d’un ours sont majoritairement défensives : par exemple, vous surprenez un ours en train de manger une proie ou vous croisez le chemin d’une mère qui se balade avec ses oursons. Dans une situation d’attaque défensive, Parcs Canada recommande de faire le mort, le ventre contre le sol, les mains derrière la nuque pour protéger votre tête et les jambes écartées afin d’éviter que l’ours ne vous retourne et endommage vos organes vitaux.

 « C’est toujours une mauvaise idée de courir en voyant un ours, ça lui fait réaliser qu’il a le dessus, comme avec un chien! » - Guillaume Rivest / Photo : iStock

Généralement, tout se déroulera rapidement. L’ours vous laissera tranquille après quelques morsures et griffures qui infligeront certainement des blessures sérieuses. « Dans un cas où c’est une femelle qui cherche à défendre ses petits par exemple, son but n’est pas de tuer, mais de vous blesser suffisamment pour écarter la menace », indique le propriétaire d’Exode bâtisseur d’aventures. Si l’attaque s’intensifie ou qu’elle dure plus de deux minutes, il s’agit probablement de prédation.

Lors d'une attaque prédatrice, c’est-à-dire si l’ours tente de vous dévorer après un contact initial défensif ou s’il vous charge et vous mord à la suite d’une traque silencieuse, vous êtes une proie pour celui-ci : il faut lutter pour votre vie. « Un ours qui te voit comme un repas potentiel, que tu fasses le mort ou pas, il va te manger. Il faut absolument se défendre », précise l’expert en plein air.

Frappez les yeux et le museau de l’animal, défendez-vous du mieux que vous pouvez et utilisez les objets durs ou coupants à portée de main.  « Le museau c’est probablement la partie la plus sensible chez l’ours, on peut prendre une grosse branche pour le frapper et essayer de se défendre ainsi. » Bien que l’ours soit désespéré s’il a choisi de vous prendre ainsi pour cible, avec un peu de chance, il réalisera que le risque de blessures est trop grand pour faire de vous son repas.

Comment différencier un comportement défensif d’une attitude offensive avant l’attaque ? Quelques indices peuvent être de bons indicateurs, selon Guillaume Rivest.

« Un ours en mode défensif va faire beaucoup de bruit, il va chercher à être intimidant et il va grogner, il ne regardera pas directement l’humain. Un ours dans une approche offensive ne fera pas beaucoup de bruit, il va regarder l’humain et marcher vers lui. Son but ce n’est pas d’avertir de sa présence, c’est de manger. »

Ours bruns, ours noirs

Selon Stephen Herrero, professeur en écologie à l’Université de Calgary et auteur de Bear Attacks: Their Causes and Avoidance, un ouvrage de référence sur les attaques d’ours, au Canada, les grizzlys sont plus à craindre que les ours noirs, malgré leur comportement généralement plus défensif.

« Les attaques les plus sérieuses des grizzlys sont souvent défensives, alors que les attaques dangereuses chez les ours noirs sont la plupart du temps prédatrices. La réaction à un ours ne doit donc pas simplement être en fonction du type d’ours, mais plutôt selon les circonstances et le comportement de l’ours », explique-t-il dans un document de l’organisation Safety in Bear Country.

Les ours noirs peuvent être bruns! Le terme « ours brun » utilisé pour désigner les grizzlys peut donc parfois semer la confusion, les ours noirs sont généralement plus petits et n'ont pas la bosse typique du grizzly. / Photo: iStock

Si vous et un ours un peu trop curieux vous trouvez face à face, les experts conseillent de reculer calmement sans tourner le dos à la bête. Surtout, il ne faut jamais courir; cela pourrait déclencher son instinct de chasse.

Gardez en tête que l’ours noir peut feindre de vous charger pour tester votre réaction. Dans un cas comme celui-là, il faut rester calme et se faire imposant pour effrayer l’animal. « Il faut lui donner l’impression que le combat ne sera pas égal pour lui, montrer son manteau, lever les bras dans les airs, etc. », affirme Guillaume Rivest. 

Pour les grizzlys, il précise que l’attitude imposante ne sera certainement pas suffisante. « La précaution est différente, le grizzly a beaucoup moins peur de l’homme que l’ours noir ». Si vous avez emporté du gaz poivré, c’est un bon moment pour l’utiliser! 

Comment éviter la confrontation avec un ours?

Le bruit permet d’annoncer votre présence et d’éviter de surprendre un ours durant vos randonnées. Sur son site Internet, Parcs Canada précise que les clochettes ne sont pas suffisantes pour cela. Il est plutôt recommandé de « crier, de taper des mains, de chanter ou de parler fort ». Dans les territoires habités par les ours, essayez de privilégier les sorties en groupe plutôt que les marches solitaires. « Les conseils de base restent toujours les mêmes : signaler sa présence », résume Guillaume Rivest.

Plusieurs signes peuvent annoncer la présence d’un ours dans les parages, à commencer par des excréments ou des traces de pattes, mais aussi des carcasses d’animaux et des lacérations sur les troncs d’arbres. Il ne faut pas non plus oublier que l’ours possède l’odorat le plus développé du monde animal, donc si vous transportez de la nourriture, il pourra assurément la sentir!

Cependant, « il ne faut pas avoir peur du bois ou de la nature », insiste l’homme habitué aux grandes expéditions. Malgré ses rencontres surprenantes avec des ours, il ne s’est jamais senti menacé. « La plupart des accidents arrivent dans des situations où les gens ont mal réagi. »