Ce texte figure dans la série L'été sous la loupe.


De retour à la maison après une longue journée passée sous le soleil, vous remarquez qu’une odeur de fromage empeste votre appartement. Pourtant, personne n’a préparé de fondue… Vous dénichez finalement l’origine de ce gênant effluve : vos pieds. 

En plus d’être particulièrement embarrassante, cette situation vous apparaît plutôt surprenante, alors que vous estimez détenir une hygiène impeccable. Ce problème serait-il génétique?

Réponse : Oui... et non!

Explication : La podiatre Andréanne Beaudoin se montre claire : « Non, l’odeur des pieds n’est pas génétique. Par contre, la transpiration excessive, elle, peut l’être. » Et, selon ses informations, la sueur trop abondante s’avère l’une des causes principales des pieds puants.  

À vrai dire, ce parfum aux arômes souvent fromagés émane des déchets produits par les bactéries. Ces microbes, qui sont présents à la surface de tout corps humain, affectionnent particulièrement les milieux humides, là où ils ont tendance à se multiplier. 

« En zone humectée, par exemple à l’intérieur d’un soulier mouillé par la transpiration, la présence accrue de déchets bactériens entraînera généralement de mauvaises odeurs », souligne la podiatre. 

Ainsi, plus on transpire, plus on crée un environnement propice à la multiplication des bactéries. Et plus il y a de bactéries, plus il y a de déchets nauséabonds. À noter qu’en soi, la transpiration, composée principalement d’eau, n’a pas d’odeur. 

La transpiration, un héritage familial?

Les spécialistes du milieu médical ne s’entendent pas sur les causes exactes de l’hyperhidrose, responsable de la sudation trop abondante. Sur son site web, l’Association canadienne de dermatologie (ACD) affirme entre autres que les causes de l’hyperhidrose plantaire s’avèrent à ce jour inconnues. 

Mais d’après Andréanne Beaudoin, de plus en plus d’études confirment qu’il existe bel et bien une corrélation entre cet état de santé et la génétique. « Plusieurs experts ont démontré qu’entre 60 et 80 % des gens qui ont un problème de transpiration excessive ont un membre de leur famille atteint par le même désagrément », précise-t-elle. Selon l’ACD, près de 3 % de la population canadienne est atteinte d'hyperhidrose. 

L'été, les glandes sudoripares évacuent davantage de sueur afin de réguler la température interne du corps.

Tout compte fait, l’hérédité n’apparaît pas comme l’unique explication. De multiples facteurs, tels que l’alimentation, la prise de certains médicaments, l’anxiété ainsi que l’obésité, ont également une influence considérable sur la formation disproportionnée de sueur. 

Réduire l’odeur à l’aide de gestes simples

« Je ne le dirai jamais assez, formule la docteure en podiatrie Andréanne Beaudoin. Il faut changer ses bas, et ce, surtout l’été lorsqu’on a tendance à transpirer davantage. » Elle suggère à cet effet d’enfiler une paire de chaussettes le matin et de la remplacer en début d’après-midi. De cette façon, on s’assure de réduire l’humidité, à l’origine de la prolifération bactérienne. 

Les matières synthétiques, tant pour les bas que pour les chaussures, sont aussi à éviter. « Il y a plusieurs avis de ce côté-là. Mais généralement, on tente de favoriser les textiles naturels comme le coton et le bambou. » Un grand nombre de spécialistes en santé plantaire conseillent aussi d’alterner ses souliers afin de les laisser sécher.  

Bien évidemment, une routine d’hygiène soignée se révèle incontournable pour minimiser les risques de mauvaises odeurs. « Principalement avec l’âge, certaines personnes oublient de laver leurs pieds et spécialement l’espace entre leurs orteils », explique celle qui travaille également à l’Ordre des podiatres du Québec à titre de coordonnatrice de l’amélioration de la pratique professionnelle. Dans ces petites cavités, les débris de peau forment un environnement idéal pour la multiplication des microbes. 

Selon la podiatre, un antibactérien en aérosol peut permettre de désinfecter les chaussures.

D’autres solutions, comme l’utilisation d’antisudorifique plantaire ou la désinfection des chaussures, représentent également de bonnes avenues. Néanmoins, ce n’est pas parce qu’un truc fonctionne pour une personne qu’il fonctionnera pour une autre, assure Dre Andréanne Beaudoin, podiatre.

Puer des pieds, c’est sérieux 

Par ses quelque dix ans d’expérience, cette docteure en podiatrie remarque qu’une part importante de sa clientèle se montre embarrassée lorsqu’elle aborde le sujet des pieds fétides. « Il ne faut pas être gêné d’en parler, dit-elle. C’est très fréquent dans la population. » 

Cette puanteur corporelle se relève même comme un véritable problème de santé, appelé bromhidrose. Pour régler certains cas lourds, on peut d’ailleurs prescrire des médicaments oraux et même des interventions chirurgicales. 

Devant l’apparition d’une odeur corporelle anormale, Dre Andréanne Beaudoin, podiatre, mentionne qu’il faut analyser la situation avec sérieux, et ce, spécialement si les astuces présentées ci-dessus n’ont pas fonctionné. Les gens diabétiques devraient par ailleurs redoubler de prudence. Dans ce cas précis, l’effluve nauséabond peut tirer son origine d’une infection grave ou d’une autre condition médicale nécessitant une action urgente. 


Tous les vendredis de l'été, ICI Explora déboulonne des mythes liés à la saison estivale dans le cadre de la série L'été sous la loupe.

Autres textes de la série :

Bronzer derrière une fenêtre : mythe ou réalité?

L'été de plus en plus tardif : mythe ou réalité?

L'air conditionné peut causer le rhume : mythe ou réalité?

- La sueur repousse les moustiques : mythe ou réalité?