Le coronavirus pourrait avoir des répercussions insoupçonnées, notamment sur le milieu du travail, Rubrique Techno
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Depuis quelques semaines déjà, le nouveau coronavirus est le sujet d’actualité numéro 1 partout dans le monde. S’il fait autant jaser, c’est que le virus se propage à vitesse grand V d’un pays à un autre, en raison de son indice de contagion plutôt élevé. Si vous vous posez toujours certaines questions sur le sujet, nous vous invitons à lire le compte-rendu de notre discussion avec le Dr Alex Carignan, microbiologiste et infectiologue.

Le Québec a été épargné par la propagation du coronavirus jusqu’à présent, puisque, au moment d’écrire ces lignes, seulement deux cas d’infection y avaient été détectés. Le ministère de la Santé de la province a d’ailleurs mentionné que « le risque global d’être infecté par le coronavirus est toujours considéré comme faible au Québec ».

Afin de prévenir ou du moins de ralentir la transmission du coronavirus et de protéger la santé des membres de leur personnel, les directions de certaines grandes entreprises aux États-Unis, pays qui compte 99 cas en ce moment, ont fortement suggéré à ceux et celles qui en avaient la possibilité de travailler de la maison jusqu’à nouvel ordre. Parmi ces entreprises, on compte notamment Microsoft, Amazon et Twitter.

Du changement à prévoir

Or, cette nouvelle mesure risque de créer bien des remous au sein de ces multinationales, qui verront leur personnel goûter au télétravail pendant une bonne période, et possiblement l’apprécier. Questionnée à ce sujet par BuzzFeed News, la directrice des ressources humaines de Twitter, Jennifer Christie, est pleinement consciente des bouleversements que pourrait avoir cette décision.

« Les gens qui étaient réticents à travailler à l’extérieur vont se rendre compte qu’ils se dépassent en travaillant de cette façon. Les membres de la direction qui ne pensaient pas pouvoir gérer des équipes à distance auront une perspective différente. Je suis convaincue qu’on ne reviendra pas en arrière. »

– Jennifer Christie, directrice des ressources humaines de Twitter

Cette intuition pourrait s’avérer si l’on se fie au cas de Telus ici, au Canada. En effet, depuis que la direction de l’entreprise a implanté le télétravail, en 2006, il est devenu de plus en plus populaire. En 2018, c’était 70 % du personnel du géant des télécommunications canadien qui effectuait ses tâches professionnelles de la maison. Catherine Bédard, directrice générale de Personnes et culture (l’équivalent des ressources humaines) à Telus Montréal, affirme que le télétravail a de nombreux bénéfices, comme une plus grande flexibilité pour les travailleurs et travailleuses. Elle ajoute que cela permet à l’entreprise de recruter les personnes les mieux qualifiées, où qu’elles soient.

Si ce type de mesures devait être aussi envisagé dans d’autres entreprises du Québec en raison du coronavirus, il serait intéressant d’observer la volonté des directions à ouvrir la porte au télétravail, puisqu’il n’est pas particulièrement populaire au Canada, l’un des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) très peu développés sur ce plan.

Le télétravail et ses répercussions

Si le télétravail est de plus en plus populaire tant auprès des directions d’entreprises que du personnel, c’est qu’il comporte de nombreux avantages, selon Marianne Plamondon, avocate associée au cabinet Langlois avocats. Il permet, entre autres, aux travailleurs et travailleuses d’économiser du temps dans les déplacements, de mieux se concentrer, et donc d’augmenter leur productivité. Du côté des entreprises, cette façon de travailler réduit les coûts locatifs, en plus d’accroître leur attractivité auprès des membres du personnel ne résidant pas à proximité du lieu de travail.

Pour Katie Bussières, présidente de Nubik, une entreprise où 100 % du personnel travaille à domicile, le télétravail est très prometteur.

« C’est l’avenir. Je veux que ce soit de moins en moins avant-gardiste, je voudrais qu’il y ait plus d’entreprises qui adoptent cette façon de travailler. Il faut avoir les bons outils et adapter notre mode de gestion; c’est la clé. C’est toute une culture qu’il faut ajuster. C’est un changement organisationnel qui doit être fait. »

Évidemment, le télétravail a notamment pour conséquence de modifier la communication entre collègues. Comme elle ne se fait plus en face à face, les moyens de communication électroniques, comme des applications ou outils de messagerie instantanée (Slack, Google Hangouts et autres) sont privilégiés, ce qui permet à un plus grand nombre de personnes de s’exprimer lors de rencontres, par exemple.

Jennifer Christie mentionne d’ailleurs que les personnes introverties travaillant pour Twitter sont beaucoup plus à l’aise de s’exprimer par messagerie qu’en public. Pour illustrer son propos, elle précise que la portion « Questions et réponses » d’une récente rencontre hebdomadaire rassemblant tous les membres de l’entreprise était beaucoup plus animée qu’à l’habitude, lorsque tout le monde se rassemble dans la même pièce.

Voilà un témoignage qui risque de faire sursauter les directions d’entreprises qui sont convaincues que la communication et la participation des membres de leur personnel sont en péril en raison du télétravail.

Bientôt une révolution en raison d’un virus?

Certains préjugés subsistent toujours envers le travail de la maison, mais ils pourraient bien tomber prochainement si cette façon de faire devait être adoptée par un grand nombre d’entreprises, partout sur la planète.

Le coronavirus aura donc potentiellement des répercussions insoupçonnées sur le milieu du travail. Parions que peu de spécialistes s’étaient imaginé un tel scénario.