Un modèle du nouveau coronavirus.
VIA REUTERS / CENTERS FOR DISEASE CONTROL

Si vous suivez un tant soit peu l’actualité, vous savez qu’il y a un mot qui retient particulièrement l’attention depuis le début de l’année : coronavirus. En effet, cette nouvelle infection, aussi nommée 2019-nCoV, qui est apparue en décembre dans un marché public de Wuhan, fait parler d’elle en raison de son haut potentiel de viralité et de sa dangerosité.

Pour mieux comprendre ce fameux coronavirus, on a posé quelques questions au docteur Alex Carignan, microbiologiste et infectiologue au CIUSSS de l’Estrie (CHUS), professeur et chercheur à l’Université de Sherbrooke, qui se fait un devoir de vulgariser ce problème depuis quelques semaines.

Divulgâcheur : le virus n’a rien à voir avec une certaine bière mexicaine.

Comment fait-on pour distinguer les symptômes de ce virus s’ils sont très semblables à ceux d’un rhume?

Les symptômes des virus respiratoires sont très semblables, à tel point qu’il est quasi impossible de les différencier parce qu’on parle toujours de fièvre – la grande majorité des gens affectés vont faire beaucoup de fièvre –, de difficultés respiratoires ainsi que de douleurs thoraciques. Les premières personnes hospitalisées dont l’état a été jugé sévère présentaient une forte pneumonie qui nécessitait souvent l’intubation, un soutien respiratoire. Il semblerait toutefois que cette infection soit moins grave que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qu’on a connu au début des années 2000. Le taux de mortalité du SRAS était évalué à autour de 10 %; dans le cas du nouveau coronavirus, on parle de 2 à 3%, mais c’est sûr que c’est très préliminaire. J’ai l’impression que ce sera révisé à la baisse parce qu’on se rend compte que le virus se transmet plus facilement qu’on le pensait au départ, ce qui fait qu’il y a probablement une portion d’individus qui sont peu malades, qui présentent peu de symptômes, parfois même pas du tout. Quand le nombre de cas va augmenter davantage, on va avoir une meilleure idée du taux de mortalité.

Comment diagnostique-t-on la maladie?

D’abord, il faut savoir qu’on fait tout pour contenir ces virus qui sont regroupés sous l’appellation « maladies respiratoires sévères d’origine infectieuse ». Si une personne se présente à l’urgence avec les symptômes que j’ai énumérés, on suit un protocole bien établi pour contenir le virus autant que possible. Par le passé, comme pour le SRAS par exemple, il est arrivé que la majorité des cas de transmission se faisait à l’intérieur même des murs des hôpitaux parce qu’on ne diagnostiquait pas bien le virus ou qu’on les isolait mal. On veut donc cerner les personnes potentiellement atteintes et les isoler le plus rapidement possible.

Si on revient à l’urgence, une personne qui présente des symptômes passe d’abord par le triage, où elle se fait poser des questions sur ses voyages récents et les troubles respiratoires qui l’affectent. Par exemple, dans le cas où une personne reviendrait de la Chine avec une toux et de la fièvre, elle serait immédiatement mise en isolement avec des mesures exceptionnelles (chambre à pression négative, port d’équipement de protection maximal pour le personnel), avant même d’être évaluée par une ou un médecin. Tous les gens qui entreraient dans la même pièce auraient été formés pour savoir comment agir dans ce type de situations. C’est un protocole qui existe depuis plusieurs années, qu’on utilisait en cas de suspicion de grippe aviaire ou de coronavirus du Moyen-Orient, et qu’on utilise pour le coronavirus nouvellement découvert. L’avantage d’avoir un protocole commun pour tous les virus respiratoires, c’est que chaque fois qu’il y en a un nouveau qui se propage, on n’a pas à réinventer la roue. La façon de faire, qui est très similaire d’un hôpital à l’autre autant au Québec qu’au Canada et ailleurs dans le monde, a déjà été pratiquée avec des simulations ainsi qu’avec des fausses alertes qui nous ont donné l’occasion de la tester.

Pourquoi ce virus peut-il être transmis d’un animal à l’être humain?

Ce n’est pas le premier virus à sauter de l’animal à l’être humain; ça a d’ailleurs été le cas pour d’autres coronavirus. Je ne suis pas un spécialiste sur le plan moléculaire de la transmission des virus, mais ce qui arrive, c’est qu’il y a des mutations qui rendent un virus plus adapté à un autre et qui vont faciliter son transfert de l’animal à l’être humain. Évidemment, ça prend des contacts étroits pour que ça se fasse. Ensuite, il y a une autre étape, celle de la mutation, parce qu’initialement, quand le virus passe de l’animal à l’être humain, il n’est pas assez efficace pour se transmettre de personne à personne. Avec des mutations subséquentes, il peut devenir plus efficace et ainsi se transmettre plus facilement. Dans le cas de certaines infections, comme pour la grippe aviaire et le SRAS, les virus étaient très peu transmissibles entre les personnes. Ce virus-ci semble l’être davantage. Il semble que déjà en Chine, dans la communauté, il y a une transmission plutôt soutenue de ce virus. D’ailleurs, il ne faudrait pas se surprendre qu’il y ait des cas au Québec; en fait, c’est inévitable compte tenu du niveau de transmission observé.

Le nouveau coronavirus, appelé 2019-nCoV, est particulièrement dangereux pour les personnes au système immunitaire affaibli.

Comment le virus se transmet-il de personne à personne?

C’est principalement par des sécrétions respiratoires, donc des gouttelettes lorsqu’on tousse ou qu’on crache. Il se peut aussi que cela se produise au moyen de fines gouttelettes en suspension dans l’air. Le processus exact de transmission n’a pas encore été déterminé puisqu’on n’en sait pas beaucoup sur le virus. On présume que c’est un virus respiratoire, alors on se base sur ce qu’on connaît des autres coronavirus (le SRAS, entre autres). Dans les prochaines semaines, on va en apprendre plus sur ses modes de transmission.

Est-ce que le virus est dangereux pour tout le monde ou principalement pour les gens dont le système immunitaire est affaibli (personnes âgées, jeunes enfants)?

Règle générale pour tous les virus respiratoires, les gens plus âgés et ceux qui ont déjà des problèmes respiratoires, cardiaques ou de santé sont plus à risque de complications. Selon le premier article qui est sorti sur le nouveau coronavirus, l’âge médian des personnes atteintes est de 49 ans, ce qui n’est pas très vieux. Il y avait une proportion significative de gens qui n’avaient pas nécessairement de comorbidité (la présence d’un ou de plusieurs troubles associés à une maladie primaire); ce sera à surveiller. Ça semble s’attaquer aux personnes plus âgées, mais pouvoir atteindre les plus jeunes aussi.

Je me rappelle qu’à l’époque du H1N1, il y a une dizaine d’années, il y avait eu un état de panique assez généralisé, même au Québec. A-t-on tiré des leçons de cette situation? Est-ce que ça risque de se reproduire?

Je dirais que la situation est assez différente parce qu’on parle d’un nouveau virus, qui vient d’un réservoir animal de surcroît; il n’y a donc pas d’immunité préalable dans la population, de vaccin ou de traitement disponible. Je pense qu’il faut s’en méfier, mais céder à la panique n’est jamais la bonne réponse. L’autre élément, c’est que dans le cas du H1N1, il y a eu des taux de couverture vaccinale assez impressionnants, beaucoup mieux que ce qu’on voit avec la grippe saisonnière. C’est certainement un élément qui a contribué à rendre l’épidémie moins impressionnante que ce qui était anticipé. Dans le cas présent, on ne pourra pas utiliser de vaccin, car même si on parle de vaccin en développement, il y a toujours plusieurs mois, voire des années entre le moment où le vaccin est en laboratoire et celui où il est jugé sécuritaire et efficace chez l’être humain… Et là, on ne parle même pas des modifications à effectuer selon les mutations de la maladie. Par exemple, dans le cas de l’Ebola, le vaccin vient tout juste d’entrer en réelle maturité, plusieurs années après sa conception. On n’aura donc pas de vaccin contre le coronavirus le mois prochain.

Le meilleur moyen pour prévenir la contraction, c’est de se laver les mains. Y a-t-il autre chose qu’on peut faire?

Pour l’instant, on doit dire qu’il n’y a pas de cas au Québec, alors il n’y a pas de raison de céder à la panique. On a entendu parler de gens qui se précipitaient dans les pharmacies pour s’acheter des masques de chirurgie, alors que ceux-ci ne protègent pas vraiment contre ce genre de maladie. Ça plaît à l’esprit de porter un masque, mais s’il y a présence de petites particules fines dans l’air, ça ne nous protège pas, parce que ce n’est pas complètement étanche. L’étiquette respiratoire prévaut : il faut tousser dans son coude et se laver les mains régulièrement. Ça demeure la meilleure façon de se protéger contre les virus respiratoires. C’est d’autant plus important cette année comme la saison grippale est très intense. J’étais de garde la fin de semaine dernière et je peux vous dire que l’hôpital regorge de personnes avec des complications de la grippe. On n’a pas besoin du coronavirus pour utiliser les méthodes de prévention contre les virus respiratoires.

Voilà qui, on l’espère, aura su vous apprendre des faits sur le fameux coronavirus (et vous convaincre de ne pas acheter de masque inutilement).

Pour en savoir plus sur les virus, on vous invite à regarder la série documentaire Virus : la menace invisible sur ICI Tou.tv!

Un grand merci au docteur Alex Carignan d’avoir pris le temps de répondre à nos questions et à la docteure Laurence Dubuc pour la référence.