Entrevue avec le créateur de contenu abénakis Xavier Watso

Le créateur de contenu Xavier Watso
Photo : Xavier Watso

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Depuis deux ans, Xavier Watso utilise TikTok pour faire la promotion de la langue abénakise et de la culture autochtone aux 34 000 personnes qui sont abonnées à son compte. Son expérience de pédagogue auprès des jeunes – il enseigne l’art dramatique au quotidien – et son implication en tant que militant autochtone lui ont donné le goût de se lancer dans cette aventure sur les réseaux sociaux.

L’équipe d’ICI EXPLORA s’est entretenue avec lui pour mieux comprendre sa démarche et en apprendre davantage sur la langue abénakise.


Pourquoi avoir décidé d’utiliser TikTok pour faire la promotion de la langue et de la culture abénakises?

Xavier Watso : Ça fait 10 ou 15 ans que je milite, que je fais de la pédagogie autochtone à travers Facebook, des conférences et des choses comme ça. Je me suis rendu compte que TikTok me permettait de faire un mélange de tout ce qui me représente : le théâtre, l’éducation, la militance, l’humour. 

Il n’y a pas juste des gens qui dansent ou des personnes qui montrent leur vie au quotidien. C’est quelque chose qui démocratise l’espace public. Tout le monde peut avoir une voix et, du jour au lendemain, se faire entendre par des milliers de personnes. 

Quand on pense aux jeunes Autochtones sur les réserves qui se sentent parfois pris au piège, qui ne savent pas comment s’en sortir, ils ont cette option-là, d’utiliser l’application pour avoir une voix. Les médias sociaux en général ont permis ça, mais c’est encore plus vrai avec TikTok. 

@watso_ Reply to @gavi_morgan_abrahams hdys Caribou #languagetiktok#caribou#abenaki#watso#nativetiktok#indigenoustiktok#lingtok♬ original sound - Xavier Watso ????

 

Est-ce que tu as toujours été proche de la culture et de la langue abénakises? 

X. W. : Non! Je suis un Autochtone en processus de reconnexion. J’ai grandi à Montréal, même si ma famille habite encore dans la communauté, sur la réserve Odanak. J’y allais souvent, et j’y vais encore très souvent, mais nous, les Abénakis, n'avions pas accès à notre langue. Notre culture battait de l’aile, ce n’était pas facile.

Je n’ai pas été élevé là-dedans. Dans ma vingtaine, j’ai réalisé qu’il me manquait une part de moi-même. En Nouvelle-Zélande, j’ai rencontré une Maorie de mon âge qui me disait qu’on faisait partie de deux générations perdues. Elle m’a expliqué que nous, et nos parents, n’avons pas eu accès à notre culture, car elle a été arrachée à nos grands-parents dans les pensionnats.

Ma grand-mère, qui est allée dans les pensionnats, n’avait plus le droit de parler sa langue, elle se l'est fait arracher. Je n’aime pas dire qu’on a perdu notre langue, ce n’est pas le cas. On n’a pas décidé de ne plus la parler; on nous a plutôt interdit de le faire. On n’avait pas du tout le choix.

 

Comment se porte la langue abénakise aujourd’hui?

X. W. : En 2008, la langue abénakise était considérée comme disparue. Il restait, je pense, une seule aînée qui la parlait. Depuis, avec les efforts de revitalisation qui ont été entrepris, on a été une poignée à essayer de l’apprendre. 

Maintenant, le nombre de personnes qui sont en train de la réapprendre a quintuplé, c’est vraiment beau à voir. Il y a des cours qui se donnent partout. À Odanak, à Wôlinak, à Montréal, à l’Université de Sherbrooke. Je pense que ce n’est plus voué à disparaître. On a repris les rênes de notre langue. C’est encore très difficile, car il n’y a personne avec qui la pratiquer, mais on essaie.

Mon TikTok rentre dans cette optique-là. J'apprends aux gens à dire des mots en abénakis. C’est pour permettre aux autres d’apprendre, mais c’est aussi une façon pour moi de la pratiquer. 

@watso_ Sur quel territoire autochtone non cédé es-tu? #tiktokautochtone#autochtone#premieresnations#quebec#montreal#mohawk#abenaki#watso♬ original sound - Xavier Watso ????

 

Est-ce que les réseaux sociaux sont un moteur de changement pour les communautés autochtones?

X. W. : Les réseaux sociaux ont permis aux Autochtones de se regrouper et de réaliser que, même éloignés, on a tous vécu les mêmes traumatismes, même si chaque nation a sa propre culture et ses propres traditions. On se rejoint sur de nombreuses choses, on a beaucoup de revendications similaires.

À la base, en nous mettant dans des réserves, le but était de nous assimiler et de nous éloigner les uns des autres. Les réseaux sociaux permettent de briser cet isolement-là.

Que ce soit Idle No More, les Wet'suwet'en, Standing Rock ou Stop Line 3, ça n’arrête pas. Tous les deux ans, il y a de nouveaux mouvements autochtones qui émergent.

 

On entend beaucoup parler de réconciliation avec les communautés autochtones. Par où est-ce que ça devrait commencer?

X. W. : La réconciliation, c’est comme le troisième « r » d’un processus. Le premier, c’est évidemment la reconnaissance, le respect : il faut écouter ce que les Autochtones ont à dire, les respecter, reconnaître leurs traditions et leur passé. C’est la base. La reconnaissance territoriale ou enlever le nom d’une rue comme Amherst, ça entre là-dedans.

Le deuxième « r », c’est celui de la réparation. Adopter le nom Atateken après avoir retiré celui d’Amherst, c’est un exemple de cela. Ça peut aussi passer par le retour d’un territoire, ou d’autres moyens.

Le Québec ne veut pas nécessairement reconnaître les erreurs du passé. Il veut aller directement à la réconciliation, mais ça ne fonctionne pas comme ça. C’est la même chose pour le gouvernement canadien : faire de beaux discours tout en tapant sur les manifestants du mouvement wet'suwet'en, ça ne fonctionne pas. 

@watso_#stitch with @aptnnews thanks to @nishingabe for the inspiration ❤️???????????? #nativetiktoks#firstnationstiktok#canada#native#abenaki♬ original sound - Xavier Watso ????

 

En 2021, tu disais que, pour toi, TikTok, c’est une manière de changer le monde. Est-ce que tu ressens encore la même chose aujourd’hui?

X. W. : Tout ce que je fais en tant qu’enseignant, en tant que créateur de contenu, c’est parce que j’ai envie de changer le monde. Ça fait quétaine, cliché, mais honnêtement, j’ai besoin de cette motivation-là pour faire ce que je fais. Je dois avoir du plaisir à le faire, et il faut que j’y voie un but.

Si une seule personne apprend un mot en abénakis à cause d’une de mes vidéos, c’est une sacrée belle victoire et je change le monde à ma façon. Un pas à la fois, c’est le principe de l’effet papillon.

Il faut toujours essayer, car on ne sait jamais ce qui va changer le monde. C’est peut-être utopique, mais moi, j’ai du plaisir à faire ce que je fais et à penser que ça faire avancer les choses.

 

Peux-tu nous dire quelques mots en langue abénakise que tout le monde devrait connaître?

  • Kwaï signifie « bonjour »
  • Wliwni (prononcé Olé-o-né) signifie « merci »
  • 8h8 (prononcé an-han) veut dire « oui »
  • On dit nda pour dire « non »
  • Adio (prononcé adéo) signifie « au revoir »


Xavier Watso, wliwni!