Vous utilisez autant votre cerveau que Scarlett Johansson

Vous utilisez autant votre cerveau que Scarlett Johansson

Agence Science-Presse

12 août 2014

Le nouveau film de Luc Besson, Lucy, annonce que « l’individu moyen utilise 10 % de son cerveau », mais que l’héroïne, elle, jouée par Scarlett Johansson, en utilise 100 %. Or, cette conception du 10 % est fausse. Mais comment sait-on qu’elle est fausse?

1) L’imagerie par résonance magnétique, cette technologie qui permet de voir les régions de notre cerveau qui sont actives lors de telle ou telle tâche (parler, calculer, manger, penser à un paysage, à un souvenir d’enfance, dormir) démontre que toutes les régions du cerveau sont activées, à un moment ou à un autre de la journée. En fait, la moindre tâche active plus d’une région en même temps.

2) Or, l’imagerie par résonance magnétique est une technologie relativement récente (une trentaine d’années) alors que le mythe du 10 % est beaucoup plus ancien (plus d’un siècle). Il y a un siècle, personne n’était en mesure d’observer un cerveau et de dire que 10 ou 20 ou 50 % était actif ou inactif. Qui que ce soit qui l’a dit en premier, c’était une opinion, une hypothèse, qui ne pouvait être basée sur le moindre fait.

3) Si 90 % de notre cerveau était inutile, la majorité de ceux qui souffrent d’un traumatisme crânien s’en sortirait sans problèmes. « Chérie, j’ai perdu 90 % de mon cerveau, mais coup de chance, c’était la partie inutile. »

4) L’évolution biologique a horreur des choses inutiles. Un cerveau qui serait 90 % trop gros, avec ce que ça implique de risques pour les femmes lors de l’accouchement? Avec ce que ça implique en dépenses d’énergie pour le reste du corps? Si c’était vrai, les bébés nés avec un plus petit cerveau auraient été depuis des millions d’années ceux qui auraient le plus souvent survécu, et auraient transmis cet avantage à leurs descendants.

5) Une raison de la popularité du mythe des 10 % : le mouvement paranormal l’utilise à 100 %. C’est une théorie qui fait du bien : si vous vous exercez suffisamment, vous pourrez, vous aussi, utiliser davantage votre potentiel. Mais c’est aussi une théorie qui permet de gagner beaucoup d’argent : si vous suivez nos cours ou achetez notre livre, à un prix défiant toute concurrence...

6) Plusieurs hypothèses circulent sur l’origine exacte du mythe. Il est souvent attribué à Einstein, ce qui est faux. L’hypothèse la plus solide l’attribue à deux psychologues de l’Université Harvard, William James et Boris Sidis qui, dans les années 1890, étudiaient les surdoués. William James avait alors lancé comme hypothèse que l’être humain normal n’utilisait peut-être qu’une fraction de son cerveau.

7) On sait en revanche qui a donné au mythe sa popularité : en 1936, l’auteur américain Lowell Thomas l’a ajouté en postface au bestseller Comment se faire des amis, de Dale Carnegie (qui, lui, supposément, utilisait mieux son cerveau, puisqu’il influençait tant de gens).

8) La première moitié du 20e siècle était aussi celle où les premiers pas de l’étude sérieuse du cerveau (notamment à l’Institut neurologique de Montréal, fondé en 1934) faisaient réaliser aux chercheurs que certaines régions de notre matière grise étaient associées à des tâches spécifiques. Ce qui a pu donner à l’hypothèse de « régions en friche » une vraisemblance.

POUR EN SAVOIR PLUS

• L’émission de télé Mythbusters s’est attaquée au mythe.

• Une étude menée en 2013 par la Fondation Michael J. Fox pour la recherche sur le Parkinson a révélé que 65 % des Américains croient au mythe du 10 %.

• Même les profs de science ont du mal à s’y retrouver, selon une compilation de leurs questions réalisée en 2009 par des chercheurs de l’université britannique de Bristol.

• Une vidéo éducative sur les 7 mythes sur le cerveau que vous pensiez vrais (en anglais).