Petite victoire pour le droit à la réparation : qu’est-ce qui explique la volte-face d’Apple?

Une boutique d'Apple.
Photo : Hector Retamal / AFP via Getty Images

Le mouvement pour le droit à la réparation vient de remporter une belle victoire : Apple offrira bientôt à sa clientèle le matériel nécessaire pour réparer soi-même son téléphone. Cette volte-face fait écho à plusieurs années de pression populaire et à de nouvelles réglementations, mais la bataille n’est pas terminée pour les supporters du droit à la réparation.


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L’effort d’Apple pour permettre les réparations en libre-service a fait couler beaucoup d’encre cette semaine. C’est un geste inattendu pour l’entreprise qui n’a pas une très bonne feuille de route en matière de réparabilité de ses produits. 

Pièces de rechange inaccessibles, ententes problématiques avec les réparateurs indépendants et coûts élevés pour les réparations en magasin sont quelques-unes des pratiques d’Apple dénoncées par le mouvement pour le droit à la réparation depuis plusieurs années.

Pire, l’entreprise a aussi été dénoncée pour avoir piégé ses appareils de manière à ce qu’ils ne puissent pas être réparés par des boutiques de réparation non affiliées, et il ne faut pas remonter loin pour avoir un exemple précis de cette pratique douteuse : le 4 novembre, le site iFixit rapportait que les écrans de l’iPhone 13 ne peuvent pas être réparés par de tierces parties sans que le système de reconnaissance faciale soit désactivé à jamais durant le processus. 

Les propriétaires d’un iPhone 13 doivent donc faire affaire avec un service de réparation d’Apple et débourser de 300 à 400 dollars pour réparer leur appareil en cas de problème avec l’écran. Après la médiatisation et la dénonciation de ce stratagème, Apple s’est finalement engagé à déployer une mise à jour pour régler le tout. 

Un iPhone 12 en mauvais état.

La réparation chez Apple de tels dégâts sur un iPhone 12 peut coûter de 300 à 500$. Photo : iStock

Cet événement a certainement contribué à ce que l’entreprise américaine change sa politique en matière de réparabilité, mais Apple doit surtout peu à peu faire face aux nouvelles lois qui protègent le droit à la réparation dans différents pays.

C’est le cas en France, où, depuis février, on oblige les fabricants d’appareils électroniques à utiliser l’indice de réparabilité. Le degré de réparabilité des produits doit dorénavant être affiché en ligne et en magasin, avec une étiquette qui se base sur des critères bien précis pour donner une note sur 10 à l’appareil. Par exemple, les notes des différents modèles de l’iPhone 13 tournent toutes autour de 6 sur 10.

Même si elle ne force pas les fabricants d’appareils électroniques à changer leurs méthodes, cette législation permet aux consommateurs et aux consommatrices de faire des choix plus éclairés dans leurs achats, ce qui peut aussi faire pression sur les entreprises.

Un problème répandu

Si Apple était l’une des entreprises souvent dénoncées par les supporters du droit à la réparation, elle est loin d’être la seule à être concernée par leurs revendications. Peu de grandes marques accordent de l'importance à la réparabilité de leurs produits, surtout lorsqu’il s’agit de téléphones intelligents.

En réalité, les appareils électroniques sont souvent fabriqués pour être remplacés plutôt que réparés. Pour les grandes entreprises technologiques, c’est souvent une question économique : vendre de nouveaux produits est plus profitable que de permettre aux gens de réparer leurs vieux appareils.

Lorsque les prix pour les réparations ou les pièces de rechange sont élevés, le choix des consommateurs et des consommatrices est aussi restreint. Entre l’achat d’un téléphone neuf plus performant ou la réparation coûteuse d’un vieil appareil abîmé, il est facile d’opter pour la technologie dernier cri.

On entend souvent parler de la réparabilité des téléphones et des ordinateurs portables, mais bien d’autres technologies sont aussi touchées par cette question. 

Chez les fabricants de voitures, Tesla est au cœur des débats sur le droit à la réparation puisque l’entreprise de véhicules électriques gonfle les coûts de ses services tout en faisant en sorte que seuls ses techniciens certifiés puissent effectuer certaines réparations.

Du côté de la machinerie lourde, John Deere pousse sa clientèle à utiliser ses services de réparations dispendieux en bloquant l’accès aux logiciels qui contrôlent l’équipement. 

L'écoresponsabilité à l’avant-plan du progrès

En plus de son aspect financier, le droit à la réparation est aussi une question de responsabilité environnementale. De l’exploitation des ressources minérales jusqu’au transport des produits finis, la fabrication d’appareils électroniques est un processus polluant. L’empreinte sur la planète est d’autant plus grande lorsque ces articles se retrouvent rapidement aux ordures.

Des téléphones en pièce détachées.

La plupart des appareils électroniques jetés ne sont pas recyclés. Photo : Nicolas Tucat / AFP via Getty Images

En 2019 sur la planète, plus de 53 millions de tonnes de déchets électroniques ont été jetées, un poids équivalent à celui d’environ 300 000 Boeing 747. Seulement 17,4 % de ces déchets ont été recyclés. 

Opter pour la réparabilité est donc aussi une manière de lutter contre l’obsolescence programmée et, à plus long terme, contre les changements climatiques. Au-delà du droit à la réparation, certaines entreprises commencent aussi à réfléchir à l’évolutivité des produits, à la possibilité de les améliorer en remplaçant des composantes plutôt que d’acheter un nouvel appareil entier

Au Canada, le projet de loi C-272 est actuellement à l’étude pour établir de nouvelles bases législatives qui permettront d’encadrer le droit à la réparation.