Comme dans les meilleurs polars, le coupable était celui qui paraissait le plus innocent. En effet, qui aurait pensé à sonder la terre pour expliquer le déclin de la paruline couronnée (Seiurus aurocapillus)? Et pourtant, un lien direct est à faire entre le ver de terre et la décroissance du nombre de ces oiseaux dans certaines forêts de feuillus, conclut une étude états-unienne.

Il faut savoir que les forêts décidues du centre-nord et du nord-est de l’Amérique du Nord n’avaient jamais vu l’ombre d’un ver de terre jusqu’à récemment. Au sol, des champignons agissaient à titre de décomposeurs, ce qui avait pour résultat une dégradation lente des feuilles et une litière épaisse. Cette abondante litière permettait l’épanouissement de trilles, salsepareilles et autres plantes herbacées assez touffues pour camoufler les nids des parulines.

L’arrivée des lombrics a tout chamboulé. D’une voracité effroyable, les vers de terre causent un amincissement de la litière de feuilles. Ils limitent ainsi le développement des herbacées, qui sont en grande partie remplacées par des carex et des graminées. Avec leur feuillage fin, ces dernières offrent une piètre protection visuelle aux nids des parulines. De plus, une litière mince abrite moins d’insectes, et donc moins de nourriture.

Dans les forêts envahies de façon marquée par les vers de terre, les chercheurs ont noté une diminution du nombre de parulines pouvant atteindre 25%. Selon la même étude, trois autres oiseaux nichant au sol, soit la grive solitaire, la paruline noir et blanc et la grive fauve, ne seraient quant à eux pas affectés par la présence de vers de terre.