TOPO : Maryse Lassonde, portrait d’une scientifique modèle

TOPO : Maryse Lassonde, portrait d’une scientifique modèle

Sony Carpentier , ICI EXPLORA

11 mars 2019

Depuis 2016, l’Organisation des Nations unies célèbre la Journée internationale des femmes et des filles de science. Célébrée tous les 11 février, cette journée vise à encourager la participation des femmes à la recherche scientifique. Les derniers chiffres sont clairs : avec moins de 30 % des chercheurs dans le monde qui sont des femmes, il reste du travail à faire.

À chaque émission de la série TOPO, l’équipe d’ICI Explora discute avec un expert pour avoir son avis sur la situation traitée. Pour cette première émission sur les femmes et la science, nous avons eu la chance de discuter avec une femme dont le travail a eu une incidence considérable dans son milieu de pratique. Elle est un véritable modèle pour les jeunes filles qui aspirent à une carrière scientifique. Voici le portrait de Maryse Lassonde.

               

Un parcours remarquable

Maryse Lassonde a toujours été fascinée par la science.

Dès 13 ans, elle s’intéresse aux études sur le cerveau à cause d’un triste coup du destin : elle et sa famille apprennent que son père est atteint d’un cancer du cerveau. Même si le choc est difficile à absorber, Maryse se tourne vers la science pour intellectualiser cette épreuve. Elle lit donc davantage sur le sujet pour comprendre le déclin et les étapes par lesquelles son père passera. C’est cet événement qui marque le début d’une grande carrière scientifique.

Quelques années plus tard, elle entreprend des études au doctorat en psychologie à l’Université de Stanford. Elle dirige ensuite ses recherches vers l’étude de la neuropsychologie des enfants et des commotions cérébrales, notamment dans le milieu du sport. Alors que les femmes sont très peu représentées dans le domaine des sciences, ses travaux font autorité dans le monde. Elle accumule pendant sa carrière une impressionnante liste de prix, et de titres et de mentions honorifiques.

Presque toujours la seule femme dans les comités, elle tire son épingle du jeu et en fait sa force. « Au Québec comme au Canada, j’étais pratiquement la seule femme. J’étais devenue quasiment la [femme de service] et, à Ottawa, j’étais la [femme canadienne-française de service]. En même temps, ça m’a permis de réseauter beaucoup, d’apprendre de ce que faisaient d’autres collègues et d’établir des partenariats. Finalement, il y a eu beaucoup d’avantages à avoir un statut particulier. »

 

Même si elle réussit à faire son chemin dans le milieu et à exceller à chaque étape, elle reste réaliste sur le travail à faire en termes de représentation féminine, et ce, dès le plus jeune âge. « C’est multifactoriel, c’est évident. Dès l’âge de 6 ans, les garçons et les filles peuvent commencer à penser que seuls les gens très brillants réussissent en mathématiques. Les filles qui réussissent parfois mieux que les garçons en mathématiques se perçoivent comme moins bonnes. »

 

Une vision pour l’avenir des filles en science

Pour encourager la participation des filles en science, il faut des modèles. Selon Mme Lassonde, ce n’est pas ce qui manque. Du côté des sciences de la santé, le milieu est déjà bien investi de nombreuses femmes. Par contre, il faut regarder du côté des universités pour comprendre l’état actuel. Selon Mme Lassonde, il y aurait actuellement 70 % de représentation féminine au baccalauréat dans ces domaines particuliers pour 30 % d’hommes. Lorsqu’on arrive dans les échelons supérieurs, au niveau des carrières universitaires en recherche, la statistique s’inverse complètement. On retrouve alors 76 % d’hommes pour 24 % de femmes sur ce palier.

Il faut donc continuer d’abattre les préjugés, souvent inconscients. Il faut créer un sentiment de confiance et d’appartenance au milieu scientifique chez les jeunes filles dès le plus jeune âge. La littérature démontre qu’au moment de postuler à un emploi, une femme aura moins tendance à prendre des risques que les hommes. Si elles répondent à 9 critères sur 10, elles auront pour réflexe de ne pas postuler alors qu’un homme qui possède 7 critères sur 10 tentera sa chance.

Selon Maryse Lassonde, on doit changer la façon dont on analyse les candidatures. « De toute évidence, une femme qui a eu deux congés de maternité n’aura pas la même quantité d’articles scientifiques qu’un homme qui n’en a pas eu. Par contre, la compétence de cette femme-là ne devrait pas être remise en question. [Il faudrait] changer l’analyse des curriculum vitae pour en faire une analyse plutôt qualitative [...], et d’écrire plutôt en quoi leurs formations et expériences antérieures leur permettent de réaliser le projet qui est soumis. »

Même si la bataille n’est pas terminée, il faut rappeler la nécessité de la parité scientifique. Il serait absurde de se priver de l’intelligence et des idées de la moitié de la population mondiale. De plus, il faut que les inventions et les progrès scientifiques soient bénéfiques et adaptés pour tous : « La perspective des femmes en science peut faire changer les choses. [...] Dans les voitures, par exemple, il y avait deux fois plus d’entorses cervicales chez les femmes que chez les hommes. Les simulations d’accidents avaient été faites avec des modèles d’hommes de taille moyenne. Ce qui ne s’applique pas du tout au corps de la femme. Il a donc fallu des femmes pour le réaliser et adapter les sièges pour répondre aux considérations d’un corps féminin. »

Le chemin parcouru est énorme, mais il faut continuer de prendre des mesures pour atteindre une forme de parité. Parce qu’au moment de vous sauver la vie, de travailler à la sauvegarde de l’environnement ou d’inventer de nouveaux outils technologiques, le progrès n’a pas de genre.

Pour avoir un portrait plus détaillé de la place actuelle des femmes en science, voyez la première émission de la série TOPO, animée par Marie-Pier Élie.