Tourisme spatial : des vols hors de prix bientôt offerts

Tourisme spatial : des vols hors de prix bientôt offerts

Martin Ouellet-Diotte , ICI EXPLORA

24 février 2020

La semaine dernière, l’entreprise spatiale américaine SpaceX annonçait être à la recherche de quatre clientes ou clients privés pour une visite touristique de l’espace. La compagnie du milliardaire Elon Musk a affirmé vouloir envoyer ces gens dans l’espace d’ici 2022, pour une aventure qui pourrait durer jusqu’à cinq jours à une altitude supérieure à celle de la Station spatiale internationale (SSI). D’autres entreprises sont en voie d’offrir des services similaires dans les prochaines années, mais quels sont les prérequis pour se rapprocher ainsi des étoiles?


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Une somme d’argent astronomique

Bien sûr, personne ne sera étonné d’apprendre que le tourisme spatial est un loisir au prix prohibitif. En 2009, Guy Laliberté, fondateur du Cirque du Soleil, payait 41,8 millions de dollars pour son voyage de 12 jours dans la SSI organisé par la NASA. Peu importe la destination, ça fait cher la nuitée!

Avec l’évolution des technologies et les différentes entreprises privées qui se lancent à la conquête des étoiles, les coûts du tourisme spatial risquent d’être réduits graduellement. À une plus petite échelle, on peut faire la comparaison avec l’arrivée de l’aviation commerciale. Selon une étude du consultant économique Compass Lexecon, si le prix d’un billet d’avion d’aujourd’hui était calculé selon les tarifs de 1941, un aller-retour entre Boston et Los Angeles coûterait environ 5000 $, en tenant compte de l’inflation. Aujourd’hui, il est facile de trouver un tel vol pour environ 300 $.

Pour son séjour de 7 jours dans la SSI en 2001, l'Américain Denis Tito a payé environ 25 millions de dollars. Photo : Sovfoto/Universal Images Group via Getty Images

SpaceX n’a pas encore révélé le coût d’une place à bord de la navette Crew Dragon qui transportera des touristes, mais selon des propos recueillis par le quotidien Los Angeles Times, il sera sans doute similaire à celui des missions touristiques précédentes. On parle donc de quelques dizaines de millions par tête.

Une option moins chère existe pour les individus fortunés qui désirent seulement avoir un aperçu de l’espace, mais le montant demandé est tout de même loin d’être abordable. L’entreprise de vols suborbitaux Virgin Galactic offre des vols à l’extrême limite de l’atmosphère terrestre pour 330 000 $.

L’entreprise promet environ deux heures de vol et six minutes d’apesanteur. Selon le fondateur de Virgin Galactic, le milliardaire Richard Branson, plus de 2500 personnes seraient sur une liste d’attente pour les premiers vols, qui devraient commencer l’année prochaine.

Un entraînement rigoureux

Vous avez l’argent nécessaire ou encore un lien de parenté direct avec Elon Musk? Ce n’est tout de même pas l’unique prérequis pour aller dans l’espace. Tout vol nécessitera aussi un entraînement rigoureux pour assurer le bon déroulement de l’expérience. Les futurs astronautes devront passer par ce processus d’une durée de plusieurs semaines pour une place dans la capsule de SpaceX.

Moins intenses, les vols suborbitaux de Virgin Galactic nécessiteront tout de même que les futurs touristes de l’espace s’entraînent pendant trois jours dans les infrastructures de l’entreprise.

La capsule Dragon de SpaceX peut acceuillir jusqu'à 4 touristes lors de leur périple. Photo : Tim Peake / ESA/NASA via Getty Images

Les entraînements permettront aux astronautes en devenir d’acclimater leur corps aux effets de l’apesanteur, et de repousser la dégradation musculaire qui va de pair avec un périple dans l’espace. Dans le cas de SpaceX, les candidats et les candidates devront déjà être en bonne santé et passer des tests de conditionnement physique.

En plus des effets de l’apesanteur sur la masse musculaire, c’est aussi l’occasion de déterminer si les personnes intéressées sont susceptibles de faire des malaises ou de vomir. Ces malheureux cas d’intolérance à l’apesanteur sont d’ailleurs la raison pour laquelle l’aéronef suborbital de l’entreprise Zero G a été baptisé « Vomit Comet ».

De la patience et du temps

Ceux et celles qui aspirent à faire partie de ces touristes interstellaires devront s’armer de patience. Bien que, en plus de SpaceX et Virgin Galactic, d’autres entreprises veuillent développer le secteur du tourisme spatial, les délais s’étendent constamment et il y a parfois de longues listes d’attentes.

Boeing travaille toujours sur la navette Starliner, qui pourrait permettre des vols commerciaux vers la SSI, et Blue Origins, le projet spatial de Jeff Bezos, développe un module d’alunissage pour 2024.

L'aéronef suborbital de Virgin Galactic. Photo : Gene Blevins / AFP via Getty Images

Une chose est certaine, cet engouement de plusieurs milliardaires qui cherchent à percer la nouvelle frontière de l’humanité est en train de redémarrer l’engouement pour les missions spatiales. Avec l’arrivée du secteur privé, les agences spatiales des différents pays ne sont plus les seules à pouvoir faire des percées dans ce domaine et la progression des technologies spatiales ne dépend plus seulement du financement public. Pour certains spécialistes, c’est le début d’une nouvelle course à l’espace.

Ce n’est sans doute pas demain qu’il sera possible d’effectuer une visite touristique de Mars ou de la Lune, mais, si la tendance se maintient, ces visites des corps célestes de notre système solaire pourraient bien faire partie de l’avenir des jeunes générations.