Les sacs réutilisables sont-ils des solutions vertes?

Les sacs réutilisables sont-ils des solutions vertes?

Laurence Godcharles , ICI EXPLORA

11 février 2019

La distribution de sacs de plastique traditionnels est de plus en plus proscrite à travers le monde. Pour les remplacer, on encourage l’emploi des cabas réutilisables, fabriqués principalement de polypropylène (PP) tissé, non tissé ou de coton. Si ces solutions de rechange participent à la réduction des déchets en plastique, elles comportent néanmoins leur lot d’impacts négatifs sur la planète. Regard sur le pour et le contre des différents types de sacs réutilisables.

Le sac de polypropylène tissé

Ce type de sac est l’un des plus répandus. Formé de fines lanières de plastique tissées entre elles, il se trouve dans la plupart des supermarchés. Un rapport récent présenté par Recyc-Québec révèle que les conséquences environnementales de son cycle de vie – incluant sa production, sa distribution, son usage et sa fin de vie – sont moindres que celles engendrées par le sac de plastique traditionnel.

Toutefois, Recyc-Québec émet une précision d’importance capitale : pour que le sac de polypropylène tissé ait une moins grande incidence sur l’environnement que le cabas de plastique traditionnel, il doit être utilisé de 16 à 98 fois. Autrement dit, plus on l’utilise souvent, plus il est avantageux sur le plan écologique, et ce, notamment parce que sa conception entraîne une plus grande quantité de gaz à effet de serre (GES) que celle du sac de plastique traditionnel.

Principalement conçus en Chine, les cabas de PP tissé nécessitent une consommation substantielle d’eau, mais aussi de charbon, qui génère majoritairement l’électricité dans ce pays asiatique. Cette énergie fossile s’avère malheureusement très polluante. Le rapport indique que s’ils ne sont utilisés qu’une fois, les sacs de plastique traditionnels sont donc mieux que ces derniers sur le plan environnemental. Les sacs de PP tissés se révèlent ainsi une solution de rechange efficace, à condition qu’ils soient employés à des dizaines de reprises.

D’ailleurs, saviez-vous que ces sacs ne se recyclent toujours pas dans la province? Même s’ils sont composés de matière recyclée, ils finissent par se retrouver dans les sites d’enfouissement en fin de vie. « Ils sont généralement constitués de différentes matières (comme du nylon, pour les ganses). Leur recyclage est alors plus compliqué, demande plus de temps et, par conséquent, coûte plus cher. Comme on retrouve peu de sacs dans la collecte sélective, leur recyclage n’est pas profitable sur le plan économique », explique Recyc-Québec.

Le sac de polypropylène non tissé

Ce second type de sac réutilisable comporte des caractéristiques très semblables au premier : il émet entre autres des GES en abondance et consomme de l’électricité chinoise à la tonne. Il est lui aussi très répandu au Canada.

Cela étant dit, selon l’étude menée par le CIRAIG* et commandée par Recyc-Québec, le sac de polypropylène non tissé n’a pas besoin d’être utilisé aussi souvent que son homologue tissé pour que son impact environnemental soit inférieur à celui du sac de plastique traditionnel. De 11 à 59 emplois suffiraient pour atteindre cet objectif.

Selon ce rapport, on peut présumer que le cabas fabriqué de polypropylène non tissé représente un choix un peu plus intéressant sur le plan environnemental que le sac de PP tissé. La différence entre les deux est cependant plutôt mince.

Le sac de coton

Appelé « tote bag » en anglais, ce sac de coton – qui est d’ailleurs très à la mode – se présente comme la solution de rechange la plus désastreuse sur le plan environnemental. D’après le rapport, de 100 à 3657 utilisations sont nécessaires pour que son impact sur l’environnement soit moindre que celui du sac de plastique traditionnel. Recyc-Québec souligne que tout comme les sacs de PP tissé et non tissé, la majorité des cabas en coton distribués au Canada sont confectionnés en Chine.

Mise à part la pollution émise par les centrales thermiques au charbon, l’irrigation des cultures chinoises de coton occasionne une consommation outrancière d’eau, très dommageable pour l’environnement. Les cultures de coton requièrent également l’utilisation de pesticides et accaparent de nombreuses terres fertiles. Si les sacs de coton sont particulièrement pratiques, leur usage se montre malheureusement désavantageux pour la planète.

Alors, que devons-nous faire?

À la lueur de ces observations, mieux vaut cesser l’achat de sacs, qu’ils soient réutilisables ou, encore pire, à usage unique. « Avant de se procurer un objet, pensons à être zéro déchet : il faut se demander si on a déjà quelque chose qui pourrait servir », souligne Camille Gagné-Raynauld, chargée de projets à Équiterre. À son avis, l’ère du recyclage est révolue. Il faudrait plutôt se concentrer sur la réduction à la source. C’est entre autres ce que recommande Recyc-Québec dans la conclusion de son rapport.

La surconsommation du plastique constitue un véritable fléau planétaire. Une étude menée par l’Organisation des Nations Unies mentionne que 5000 milliards de sacs de plastique sont utilisés dans le monde chaque année et qu’à peine 10 pour cent d’entre eux sont recyclés. D’après l’organisation internationale, ces cabas relâchés dans l’environnement bloquent les cours d’eau, nuisent à la santé des animaux et se retrouvent dans la chaîne alimentaire des humains.

Les changements d’habitudes se montrent donc essentiels pour contribuer à sauver la Terre. Il est cependant fondamental de  bien choisir nos « nouvelles » pratiques.

* CIRAIG : Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services