Un robot-chien tueur relance le débat sur les technologies militaires

Le robot-chien SPUR de Ghost Robotics

À quoi bon regarder des films d’horreur en octobre lorsque la réalité est plus terrifiante? Conçu par Ghost Robotics et SWORD International, le Special Purpose Unmanned Rifle (SPUR) est le premier robot quadrupède muni d’un fusil de précision. Destiné à une utilisation militaire, il pourrait, selon ces entreprises, abattre des cibles situées à 1200 mètres.


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En début de semaine, le journaliste Joseph Trevithick, du magazine The Drive, rapportait la présentation de ce nouvel outil militaire lors de la conférence annuelle de l’Association de l’armée des États-Unis.

Le SPUR s’inspire des robots-chiens que l’on connaît bien depuis quelques années, comme Spot, de Boston Dynamics, pour les transformer en véritables machines à tuer. Le robot, fabriqué par Ghost Robotics, est muni d’un fusil de précision conçu par l’entreprise militaire SWORD International.

En plus de sa capacité à effectuer des tirs précis sur de très longues distances, le SPUR pourrait utiliser efficacement le fusil alors qu’il est en mouvement, profitant d’une stabilité accrue conférée par ses quatre pattes. Comme si cela ne suffisait pas, le robot est aussi doté d’une vision thermique, d’une carapace renforcée et de multiples redondances pour assurer son fonctionnement en cas de bris partiel.

Pour l’instant, Ghost Robotics a dévoilé peu d’informations sur les scénarios dans lesquels ce robot pourrait être impliqué, et l'on ne sait pas non plus s’il est destiné à être commandé à distance ou s’il sera guidé par une intelligence artificielle semi-autonome, comme peuvent l’être les robots Spot ou BigDog, de Boston Dynamics.

L’idée de ce genre de robots n’est pas nouvelle. On peut les voir dans des œuvres de fiction depuis déjà de nombreuses années, notamment dans l’émission « Metalhead » de la série Black Mirror ou dans la série de jeux vidéo Metal Gear. Le jeu Battlefield 2042, qui se déroule sur un champ de bataille futuriste, met aussi de l’avant un robot étrangement similaire à celui présenté par Ghost Robotics.

Peu importe l’utilisation qui en sera faite sur le terrain, une telle arme soulève des questions éthiques importantes. 

Des drones terrestres

S'il est contrôlable à distance, le SPUR pourrait très bien être l’équivalent terrestre des drones utilisés par l’armée américaine. La machine semble vouloir fournir les mêmes avantages militaires : des assassinats ciblés, sans les risques qui viennent avec le déploiement de troupes humaines sur le terrain.

Ces inventions permettent sans doute d’épargner les pertes militaires. Elles ont toutefois un lourd coût pour les populations des pays où elles sont utilisées : le Bureau of Investigative Journalism rapporte que les frappes aériennes menées par les drones au Pakistan, au Yémen, en Somalie et en Afghanistan ont tuées à ce jour de 910 à 2 200 civils, dont au moins 283 enfants.

Le plus récent événement du genre s’est déroulé en Afghanistan à la mi-septembre, alors qu’une frappe d’un drone américain a tué 10 personnes, identifiées à tort comme des membres de l’État islamique par les services de renseignements.

Le tabou des armes autonomes

Si le SPUR est autonome ou semi-autonome et qu’il est adopté par l’armée américaine, la controverse est assurée. Pour l’instant, très peu d’armes létales se servent de l’intelligence artificielle pour agir de manière autonome et de nombreuses entreprises, comme Google et Apple, ont affirmé leur opposition à ce que leur technologie soit utilisée pour de tels systèmes.

Toutefois, plusieurs pays en dehors des États-Unis semblent aussi s’intéresser à ces armes robotisées, à commencer par la Russie, qui développe depuis plusieurs années déjà son propre char d’assaut autonome

En juin, NPR rapportait qu’un drone totalement autonome, fabriqué par la Turquie, a été utilisé lors d’un conflit armé entre deux factions libyennes. Celui-ci posséderait la capacité de choisir ses propres cibles et d’ouvrir le feu sans intervention humaine. 

Il y a aussi la sentinelle militaire autonome de Samsung, le SGR-A1, qui est déployé en Corée du Sud pour surveiller la zone démilitarisée qui sépare le pays de la Corée du Nord. Le déploiement de cette technologie est toutefois entouré de mystère et il n’est pas clair si celle-ci est utilisée en autonomie complète. 

Samsung SGR-A1

Le SGR-A1 de Samsung. Photo : Kim Dong-Joo / AFP via Getty Images

Des scientifiques de tous les pays, dont Yoshua Bengio et Stephen Hawking, ont pris position dans les dernières années contre l’utilisation de l’intelligence artificielle pour la conception d’armes militaires. Pour beaucoup, il s’agirait d’un précédent extrêmement dangereux pour l’humanité.

Actuellement, le Canada ne possède pas de position claire sur la conception et l’utilisation des armes autonomes à des fins militaires, mais cet enjeu pourrait très bien être au cœur des prochains débats entourant les tensions montantes avec la Chine et la Russie.