Chaque jour, les technologies utilisant les algorithmes d’intelligence artificielle (IA) évoluent. Les machines et les codes se complexifient en s’abreuvant constamment à la source quasi intarissable des données fournies par le monde numérique. Alors que certains mettent en garde contre l’évolution de ces systèmes intelligents, d’autres voient le tout d’un bon œil. La plupart des experts s’accordent toutefois sur un point : il faudra bien baliser cette nouvelle voie vers le futur.


Chaque semaine, découvrez un nouveau sujet technologique sur le blogue d'ICI Explora! Une rubrique à parcourir juste avant la diffusion de Planète techno, tous les vendredis à 19h.


« L’IA peut nous aider à réduire le temps d’attente à l’urgence, découvrir de nouvelles molécules et des traitements pour les maladies, mais elle peut aussi être utilisée pour créer des robots tueurs, pour faire la guerre et ce genre de chose », explique d’emblée Guillaume Rabusseau, professeur à l’Université de Montréal et membre de Mila, une organisation montréalaise de recherche sur l’intelligence artificielle reconnue mondialement.

C’est dans le but d’éviter une telle utilisation hasardeuse et violente des futures technologies de l’intelligence artificielle que des organisations comme Mila réfléchissent sur les aspects éthiques de celles-ci. L’Université de Montréal, en collaboration avec Mila, est d’ailleurs au cœur de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle, qui vise justement à mettre des balises pour éviter les utilisations néfastes de l’IA.

« La Déclaration de Montréal, c’est l’idée de s’engager à ne pas développer, ou faire des partenariats, dans le but d’utiliser l’intelligence artificielle pour faire des robots tueurs, par exemple. » - Guillaume Rabusseau.

Bien que le terme « robot tueur » peut évoquer des images de soldats humanoïdes comme dans la série de films Terminator, il désigne plutôt des armes sophistiquées et bien réelles qui peuvent utiliser des algorithmes d’intelligence artificielle pour désigner et abattre des cibles.

Actuellement, de telles armes possèdent déjà ce potentiel, comme des mitrailleuses-sentinelles développées par Samsung pour veiller sur la zone démilitarisée entre la Corée du Nord et la Corée du Sud.  La Russie affirme aussi posséder des chars d’assaut automatisés dans son arsenal, une technologie qui se trouve sans doute plus près d’un drone terrestre que d’un système totalement autonome.

« L’intelligence artificielle change notre société énormément, je pense que c’est toujours pareil avec toutes les découvertes scientifiques : elles sont utilisées à plusieurs fins. C’est là qu’il faut faire un peu attention et commencer à légiférer et à réfléchir sur les différents impacts de l’intelligence artificielle au sein de la société », précise Guillaume Rabusseau.

Ces visages sont créés de toute pièce par l'algorithme d'intelligence artificielle de ThisPersonDoesNotExist.com. Comme le titre du site l'indique, ces gens n'existent pas! 

Des raisons de s’inquiéter?

Pas de panique, l’insurrection des robots n’est pas tout à fait prête à se produire. Même si les algorithmes d’intelligence artificielle sont parfois très développés, une conscience réelle reste beaucoup plus près de la fiction que de la réalité.  Les armes qui utilisent l’IA existent et transforment le monde militaire,  mais l’impact principal sur notre quotidien proviendra surtout des changements apportés à notre société, selon Guillaume Rabusseau.

« Est-ce que les ordinateurs vont développer une conscience, est-ce que les robots vont prendre le pouvoir, y aura-t-il cette émergence d’une conscience artificielle? Non, il n’y a vraiment pas lieu de s’inquiéter de cela. Par contre, les impacts sur notre société, sur l’économie du travail par exemple, ça c’est important d’y réfléchir », résume le professeur.

Toutefois, pour Guillaume Rabusseau, l’intelligence artificielle possède surtout un potentiel incroyable pour faire évoluer la société et tacler des problématiques mondiales. Il mentionne par exemple une équipe de Mila qui, sous la direction du directeur scientifique de l’organisation Yoshua Bengio, se penche sur des moyens  qui permettraient de s’attaquer aux conséquences du réchauffement climatique. « Pour prédire les catastrophes, mais aussi pour déterminer des méthodes qui permettent de réduire l’empreinte carbone de villes ou de pays », explique-t-il.

D’autres projets, comme celui du doctorant de l’Université McGill Charles Onu, ont des vocations humanitaires. Son application, nommée Ubenwa, s’installe sur les téléphones intelligents et permet de détecter l’asphyxie chez les nourrissons, une problématique mortelle pour les enfants des pays sous-développés.

Si vous avez des cauchemars en pensant aux robots athlètes de Boston Dynamics, peut être que ces initiatives vous permettront de mieux dormir! Guillaume Rabusseau, lui, ne semble d’ailleurs pas trop inquiet sur ce point : « Les robots tueurs et la singularité ? Personnellement non, je n’y crois pas », conclut-il.