En moins d’un an, deux virus très médiatisés : Ebola et la rougeole. Et celui qui a causé le plus de frayeurs, Ebola, est aussi le moins dangereux des deux. Pourquoi la rougeole se transmet-elle aussi facilement?

Bien que ça paraisse difficile à croire pour les moins de 50 ans, la rougeole est un des virus les plus contagieux que l'on connaisse. Le médecin danois Peter Panum, à qui on doit la première description d’une épidémie de rougeole en 1846, est aussi celui à qui on doit la première estimation statistique : chaque personne infectée par la rougeole pourrait en infecter entre sept et neuf, disait-il. Il était en dessous de la vérité : aujourd’hui, on évalue plutôt le taux d'infection entre 12 et 18 personnes.

Et Ebola? Chaque personne infectée peut en infecter, en moyenne, deux.

C’est que le virus de la rougeole possède quelques « talents » qui accroissent ses chances de succès. Tout commence lorsqu’il atteint nos poumons — puisqu’il se répand dans l’air. Pourtant, nos poumons possèdent des cellules immunitaires dont la tâche première est justement de détruire de tels envahisseurs : il n’en est rien avec ce virus, détenteur d'une molécule qui lui permet de pénétrer les cellules immunitaires.

Il se multiplie alors à l’intérieur de ces cellules, comme tout bon virus qui se respecte, afin d’aller infecter les cellules voisines. En peu de temps, il ne se contente plus seulement du poumon, mais se répand dans le reste du corps. Dans les cas extrêmes, il s’attaque au système nerveux. Même lorsqu’une personne est guérie de la rougeole, son système immunitaire va prendre des semaines à se rétablir, ce qui la laisse entretemps vulnérable, entre autres, à une pneumonie.

Ce qui est déjà un gros succès, du point de vue d’un virus. Mais s’il ne s’en tenait à cela, il ne se répandrait pas aussi vite dans le reste de la population. Le virus doit donc quitter son hôte pour en attaquer d'autres : pour cela, explique le journaliste Carl Zimmer, la sortie est dans le nez. « La paroi intérieure du nez est faite de couches de cellules épithéliales. Les cellules immunitaires [infectées] se frottent contre les cellules épithéliales. Une protéine à leur surface, produite par le virus, les fusionne aux cellules épithéliales, permettant au virus de passer. Le virus de la rougeole est à présent un peu plus près du moment de quitter son hôte pour en trouver un autre. »

Et ce qui n’arrange rien, les gouttelettes éjectées par une personne infectée et qui tombent sur une surface peuvent rester infectées pendant des heures.

C’est tout ce processus qui explique le haut taux de contamination de 12 à 18 personnes. Mais c’est une moyenne : dans un lieu relativement fermé, par exemple une petite communauté où les gens vivent assez près les uns des autres, si une personne attrape la rougeole, la grande majorité de ceux qui n’ont pas été vaccinés vont l’attraper aussi.

Avant la campagne massive de vaccination contre la rougeole, commencée dans les années 1960, sept à huit millions d’enfants en mouraient chaque année dans le monde. En 2014, l’OMS faisait encore état de 145 000 morts.

La seule chose qui explique qu’on n’assiste pas en ce moment à une explosion du nombre de cas de rougeole en Amérique du Nord, c’est que, tout dépendant de la région qu'on habite, 90 à 95 % de la population est, malgré tout, vaccinée.

Pour en savoir plus

• Notre dossier du mois : Pleins feux sur la vaccination!
L’Initiative Rubéole-rougeole, financée par des fonds privés, pour éliminer les dernières poches du virus.
Rougeole, sur le site de l’Organisation mondiale de la santé