Et si la crise des réfugiés se répétait en Amérique du Nord, à cause d’un assèchement cataclysmique du territoire? La sécheresse au Moyen-Orient pourrait en effet être bien peu de choses, à côté de celle qui frapperait de Panama jusqu’aux plaines du Canada.

Le scénario resurgit alors que la sécheresse historique en Californie vient de battre un nouveau record : la plus basse couverture de neige en 500 ans. Et alors qu’on apprend que le mois d’août a été le plus chaud sur la planète en 136 ans, tout comme le mois de juillet, et tout comme le mois de juin.

En février dernier, des chercheurs avaient publié dans la revue Science Advances une projection dramatique qui, reconnaissaient-ils, représentait le scénario du pire : qu’arriverait-il si la grande sécheresse naturelle des années 1930 (le «Dust Bowl»), plutôt que de durer quelques années, en durait 30 ou 35?

C’est le scénario du pire, puisque la climatologie prévoit encore très mal les impacts régionaux du réchauffement planétaire. Mais elle a permis à la NASA de produire une animation où le continent tout entier, de l’Amérique centrale au Canada, devient de plus en plus sombre à mesure qu’on avance dans la deuxième moitié du XXIe siècle.

Selon l’auteur principal de la recherche, le climatologue Ben Cook, de l’Institut Goddard, le risque d’une telle méga-sécheresse est actuellement de 12 %. Si les émissions de gaz à effet de serre ne cessent leur croissance qu’au milieu du siècle, la probabilité atteindrait 60 %.

Or, si des milliers de kilomètres carrés devenaient impropres à l’agriculture pendant des années, voire des décennies, ce sont des millions de personnes qui se déplaceraient : celles des pays les plus pauvres iraient vers le nord, aux États-Unis, celles des campagnes américaines iront vers des villes sans doute déjà aux prises avec ces nouveaux réfugiés.

Ce dernier scénario était évoqué récemment par le blogueur Joe Romm, de Climate Progress : « D'un point de vue purement moral, si vous brûlez la maison de votre voisin et sa ferme, la plupart des gens diront que vous avez l'obligation de le loger et de le nourrir. Alors qu'arriverait-il si un pays excessivement riche était le principal acteur de la destruction du climat de l'autre (relativement pauvre) pays, lequel n'avait contribué que minimalement aux changements climatiques? »

Le lien entre la crise syrienne et la sécheresse des années 2006 à 2010 a plusieurs fois été fait. S’il est impossible de lier cette sécheresse au réchauffement planétaire, son impact sur la guerre civile, lui, est très clair : la hausse du prix des aliments et le déplacement d’environ 2 millions de personnes vers les villes ont précipité la crise.

La Californie n’est pas la Syrie, mais elle abrite 39 millions d’habitants, et chaque saison amène de nouveaux records. Une étude parue le 14 septembre dans Nature Climate Change établissait par exemple que le couvert de neige dans les montagnes de la Sierra Nevada avait été, à la fin de l’hiver dernier, à son plus bas en 500 ans. La Sierra Nevada fournit le tiers de l’eau potable de toute la Californie.

Et le 17 septembre, l’agence américaine des océans et de l’atmosphère (NOAA) arrivait avec les données du mois d’août : 0,88 degré Celsius au-dessus de la moyenne du 20e siècle, ce qui en fait, pour un mois d’août, un nouveau record depuis 136 ans que ces données sont ramassées. On parle ici de la moyenne mondiale des températures mesurées pendant le mois. Les estimations de la NASA et de l’Agence météorologique japonaise, indépendantes de la NOAA, concordent.

Août devient ainsi le sixième mois cette année à battre un tel record. Avec pour résultat que cinq des 10 mois les plus chauds depuis 1880 sont... en 2015.

Si la tendance se maintient, écrivent les chercheurs de la NOAA dans leur blogue, 2015 se retrouve avec 97 % d’être l’année la plus chaude en 136 ans, dépassant 2014 qui avait elle-même dépassé 2010 et 1998.

C’est dans ce contexte que plusieurs commentateurs, ces derniers mois, ont fait état de leur inquiétude à l’égard de la Conférence de Paris sur le climat, à la fin de l’année : le journaliste et auteur environnemental Fred Pearce analyse ainsi cette crainte que ce qui ressortira de Paris comme cibles de réduction des gaz à effet de serre ne soit « trop peu trop tard ».