Entendre des voix dans sa tête, et la vie vire au cauchemar. Pour aider les personnes qui souffrent d'hallucinations auditives, un projet pilote vient de voir le jour au Québec : elles pourront dorénavant dialoguer avec ces voix intérieures à travers un avatar.

Cette initiative mise en place par l’équipe de recherche d’Alexandre Dumais est l’une des nombreuses recherches du laboratoire d'applications de la réalité virtuelle en psychiatrie légale de l'Institut Philippe-Pinel de Montréal. Inauguré en septembre 2013, ce laboratoire possède sa propre voute d’immersion virtuelle.

Dans le cas d'hallucinations auditives, « le clinicien opère l’avatar pour que le patient développe des stratégies de contrôle de ces voix », explique Massil Benbouriche, coordonnateur des activités du laboratoire. À la manière d’un jeu vidéo, en plus austère, cet équipement plonge le participant au sein d’expériences très réalistes.

Implanté dans un centre clinique de soins de santé mentale, les recherches fondamentales et appliquées qui sont menées dans ce laboratoire vont des troubles psychotiques à la psychopathie, en passant par les déviances sexuelles. « Nous avons un équipement de pointe permettant l’immersion de l’individu à l’intérieur. C’est là que nous recréons des environnements critiques, comme un bar ou une chambre où évoluent des avatars ciblés », détaille le chercheur.

Bienvenue dans l’intimité des patients

Sous le dôme virtuel, le participant fera des rencontres virtuelles (jeune femme, adolescent, enfant) tandis que son niveau d’excitabilité sexuelle est mesuré.

Loin du simple voyeurisme, les expériences visent à comprendre ce qui excite sexuellement les personnes déviantes sexuellement. « Ce qui nous intéresse, c’est d’apprendre la manière dont l’individu déviant — un pédophile, par exemple – s’autorégule », explique le chercheur.

En collaboration avec le cyberpsychologue Patrice Renaud, il utilise une vidéo oculographie à infrarouge – pour suivre les yeux des probables prédateurs sexuels pour savoir sur quelles parties du corps ils se posent. Avant, seule la pléthysmographie pénienne – un anneau enserrant le pénis et mesurant les changements de circonférences – révélait les intentions des participants.

Utile pour l’évaluation des déviances, la réalité virtuelle l’est aussi pour l’intervention auprès des troubles psychopathiques et phobiques. L’environnement interactif augmente le sentiment de présence qu’éprouvent les individus et plonge ainsi les chercheurs dans la « plus proche » réalité des patients.

Apprendre l’empathie

Les chercheurs du Laboratoire d’applications de la réalité virtuelle en psychiatrie légale développent actuellement une interface cerveau-machine. L’ordinateur sera capable d’adapter la situation virtuelle à l’activité électrique du cerveau du participant. Ce dernier pourra apprendre à moduler ses réactions face à une situation critique. « Incapables à détecter la détresse de leur victime, nos patients déviants ont souvent un déficit important d’empathie. Ils pourront travailler leur empathie émotionnelle face à un avatar exprimant la douleur », explique Massil Benbouriche, coordonnateur des activités du laboratoire Applications de la réalité virtuelle en psychiatrie légale de l'Institut Philippe-Pinel de Montréal.