Lorsque j'étais petite, mes parents m’ont rapidement appris à fermer les lumières dans les pièces avant de les quitter. « Éteins la lumière, l’électricité n’est pas gratuite », disaient-ils. Aujourd’hui, je comprends bien, voire parfaitement, ce qu’ils souhaitaient m’enseigner. Ce qu’ils ignoraient cependant à l’époque, c’est qu’économiser l’électricité permet également de diminuer son empreinte écologique. Maman, papa : c’est maintenant à mon tour de vous faire la leçon.

Le Canada et spécialement le Québec s’avèrent de grands producteurs d’électricité renouvelable. Selon le ministère fédéral des Ressources naturelles, 81 % des sources électriques au pays n’émettent aucun gaz à effet de serre (GES). Cela dit, l’électricité ne représente qu’une parcelle de l’énergie produite au pays chaque année. Et c’est là où le bât blesse pour la planète.

« Pour faire rouler nos voitures et chauffer nos maisons, nous utilisons encore à ce jour une tonne de carburants pollueurs comme le pétrole et le mazout », souligne Sidney Ribaux, cofondateur de l’organisme Équiterre. En 2016, près de 75 % du bilan énergétique canadien provenait de sources polluantes, telles que le pétrole, le gaz naturel et le charbon. L’Enquête sur les ménages et l’environnement révèle également que 35 % de l’énergie consommée par les ménages canadiens en 2015 provenaient du mazout.

Selon M. Ribaux, si les Canadiens restreignaient leur consommation d’électricité, ils pourraient devenir moins dépendants aux énergies fossiles. Ils limiteraient, de surcroît, leur empreinte écologique. « Au Québec, par exemple, les surplus d’hydroélectricité, générés par nos économies, pourraient être utilisés afin de chauffer nos bâtiments, mais surtout pour électrifier nos transports », souligne le cofondateur et directeur général d’Équiterre.

À son avis, les surplus énergétiques générés par Hydro-Québec ne sont actuellement pas suffisants pour répondre aux ambitions de nombreux écologistes, notamment sur le plan de l’électrification des transports. « À terme, si nous souhaitons électrifier l’ensemble des voitures sur les routes de la province, et du Canada, il faudra d’abord réduire notre consommation d’électricité », assure Sidney Ribaux.

Dans un rapport technique préparé pour Hydro-Québec en 2016, le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services affirme que « l’entreprise dispose d’un réseau pouvant [...] répondre à la demande en recharge d’un million de véhicules électriques ». Toutefois, la Société de l’assurance automobile du Québec certifie qu’en 2016, il y avait près de 5 millions d’automobiles de promenade en circulation dans la province.

Le directeur général de l’organisme écologique admet qu’il ne sera pas possible d’électrifier l’ensemble du secteur énergétique québécois et canadien avec l’hydroélectricité. Il croit néanmoins qu’une plus grande économie d’électricité représente un pas important dans la « bonne direction ».

Rendre nos voisins plus verts

Alors qu’au Québec près de 40 % de l’énergie est issue de sources renouvelables, la situation se révèle presque opposée dans certaines provinces du Canada et même chez nos voisins du Sud, aux États-Unis. En Alberta, par exemple, les ressources polluantes, telles que le pétrole brut ainsi que le gaz naturel, représentent une grande majorité du bilan énergétique total.

Aux yeux de plusieurs environnementalistes, dont Sidney Ribaux, les surplus d’électricité verte devraient, dans un monde idéal, être vendus aux régions du monde plus pollueuses. Ces transactions permettraient de réduire leur dépendance aux combustibles fossiles. « Techniquement, c’est logique, dit-il. Par contre, cette visée se montre politiquement très compliquée. Ce n’est pas tout le monde qui souhaite aujourd’hui acheter notre électricité. »

Au cours des derniers mois, l’Ontario a entre autres précisé au gouvernement de François Legault qu’il ne souhaitait pas s’approvisionner davantage avec les surplus hydroélectriques du Québec. L’imposant projet d’exportation d’électricité d’Hydro-Québec au New Hampshire, le Northern Pass, se montre lui aussi sur la corde raide. La Cour suprême de l’État américain entendra prochainement l’appel de l’entreprise Eversource, qui conteste l’implantation de cette ligne de transport électrique de plus de 300 km sur le territoire new-hampshirois.  

Si l’avenir de l’électricité au Québec, ainsi qu’au Canada, est en partie entre les mains de l’État, Sidney Ribaux estime néanmoins que les citoyens doivent agir dès maintenant pour réduire leur dépendance aux énergies fossiles, et ce, indépendamment des décisions politiques. D’après l’écologiste, diminuer sa consommation d’électricité s’avère un argument de taille, et ce, spécialement pour éviter la construction de barrages hydroélectriques, qui peuvent perturber les écosystèmes.

D’ailleurs, même Hydro-Québec encourage ses clients à faire preuve d’une plus grande vigilance, principalement par temps froids. Au cours des périodes qu’ils appellent « de pointe », se situant de décembre à mars, il arrive que le réseau d’électricité soit congestionné. À ces moments précis, l’entreprise gouvernementale doit s’alimenter de courants originaires de l’Ontario ou de New York, par exemple. « Juste pour cela, ça vaut la peine d’agir sans délai », soulève Sidney Ribaux.