Peut-on convaincre les combattants des différentes factions syriennes de cesser de voyager? C’est pourtant l’un des facteurs à l’origine d’une résurgence de la poliomyélite dans au moins un pays où elle était jusqu’ici éradiquée.

Dans son alerte sanitaire lancée lundi le 5 mai 2014, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) cite trois points d’origine — la Syrie, le Cameroun et le Pakistan — qui ont récemment « exporté » la polio. En vertu de pouvoirs qui lui ont été accordés par la communauté internationale en 2007, l’OMS exige du coup que toute personne entrant ou sortant de l’un de ces pays ait été dûment vaccinée. Une recommandation difficile à appliquer si, comme on le soupçonne, certains de ces voyageurs sont partis clandestinement pour combattre en Syrie et en Afghanistan.

À pareille date l’an dernier, seulement 24 cas de polio avaient été déclarés dans le monde. Cette année, on en était déjà à 68 le 30 avril (dont 54 au Pakistan). Mais ce qui a motivé l’alerte de l’OMS, c’est que neuf de ces cas étaient dans des pays qui n’avaient pas vu passer de polio l’an dernier : le Cameroun, la Syrie, l’Iraq, la Guinée équatoriale et l’Éthiopie.

Par ailleurs, les données sont incomplètes : en tout en 2013, 35 cas avaient été signalés en Syrie, et 194 en Somalie — alors que ce dernier pays n’apparaît pas encore sur la liste de 2014. La polio n’était pas réapparue en Syrie depuis 1999, mais l’OMS avait lancé une alerte il y a deux ans, en constatant que, à cause de la guerre civile, le taux de vaccination des enfants chutait dramatiquement.

Au Nigéria et surtout au Pakistan, des groupes extrémistes religieux ont depuis des années bloqué les efforts de vaccination, et sont allés jusqu'à tuer des travailleurs de la santé.

La déclaration de l’OMS oblige en théorie les trois pays ciblés à faire en sorte que tout voyageur, entrant ou sortant, soit vacciné. L’OMS n’a pas le pouvoir de vérifier, mais tout pays dans le monde peut utiliser cette déclaration pour interdire un voyageur en provenance d’un des trois pays ciblés. Cette possibilité résulte d’un traité international signé en 2007 et qui réfère à une « urgence de santé publique de portée internationale ».