Quel avenir pour les peuples isolés?
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Des forêts de l’Amazonie aux îles indiennes, certains peuples demeurent isolés du monde, sans interactions avec le reste de l'humanité. De l’extérieur, leur mode de vie peut sembler primitif. Loin de la société moderne, ces peuples vivent comme ils l’ont toujours fait, dans la tradition de leurs ancêtres.


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On en sait bien peu sur les Sentinelles des îles Andaman, ou encore sur les Awá d’Amazonie. Ces peuples autochtones ont pour point commun qu’ils ne désirent généralement pas se mêler des enjeux du monde moderne ni ouvrir leurs portes aux autres. Les rares images de ces communautés évoquent une époque lointaine, ancrée dans la tradition.

Le consensus officiel de la communauté scientifique et des organisations humanitaires est de les laisser vivre en paix, sans interférer avec leur mode de vie. Cette idée est toutefois menacée par des touristes à la recherche d’aventures, par la curiosité des chercheurs et chercheuses ou encore, dans le cas du Brésil, par de violentes entreprises.

L’organisation Survival International dénombre plus de 100 peuples isolés à travers le monde, la plupart étant en Amazonie. « Les peuples  [sans contact avec l’extérieur] ne sont pas des reliques primitives d'un passé révolu. Ils sont nos contemporains et représentent une part essentielle de la diversité de l'humanité. Là où leurs droits sont respectés, ils continuent à prospérer », souligne l’organisation sur son site Internet.

L’homme le plus seul au monde

Vous avez peut-être vu la vidéo diffusée en 2018 de cet homme légèrement vêtu d’habits rudimentaires, coupant à la hache un arbre en pleine forêt. Capturée par la caméra d’une organisation pour la protection des peuples autochtones, cette tranche de vie numérique a fait le tour du monde.

L’homme en question, dans la cinquantaine, serait le dernier de sa tribu. Tous les autres membres de celle-ci auraient été exterminés il y a plus de 20 ans par des propriétaires de ranchs et des entreprises forestières qui souhaitaient étendre leur territoire. Il aurait échappé de justesse à ce massacre, vivant tout seul depuis.

Son surnom, « l’homme du trou », provient du fait qu’il creuse de petites tranchées afin de se cacher ou de capturer des animaux pour se nourrir. En 2009, il a échappé encore une fois de près à la mort lorsque des hommes armés ont tenté de l’assassiner. Craignant les autres êtres humains, il s'enfuit généralement rapidement et se cache lorsque des personnes tentent de l’approcher.

Une organisation gouvernementale de défense des Autochtones, le FUNAI, veille sur lui et assure la protection de son territoire. L’organisation doit régulièrement prouver qu’il est encore en vie afin de maintenir la protection gouvernementale du territoire. Des membres du FUNAI déposent parfois des outils ou de la nourriture pour l’homme isolé, qui est conscient de la présence de ces aides impromptues auxquelles il semble accorder une certaine confiance.

Les Sentinelles de l’île de North Sentinel

Le nom de cette communauté fait référence aux lieux qu’elle occupe, mais ses membres sont aussi de véritables sentinelles qui gardent férocement leur petit territoire situé dans l’archipel d’Andaman, en Inde. Certaines tentatives de communiquer avec ce peuple ont mené à des échanges de produits, d’autres ont plutôt attiré des volées de flèches.

En 2006, l’embarcation de deux pêcheurs est partie à la dérive vers le territoire des Sentinelles. Des guerriers de l’île ont attaqué le petit bateau en pleine nuit, avant de tuer sauvagement les personnnes à bord. Bien que certains contacts avec cette communauté se soient avérés paisibles, la nature imprévisible de la population de l’île et son désir d'isolement ont poussé le gouvernement indien à y interdire les expéditions. Des patrouilles armées assurent le respect d’un périmètre d’environ cinq kilomètres pour prévenir les tentatives d’introduction sur ce territoire.

Après le passage d'un tsunami, les Sentinelles guettent la côte / Photo : Christian Caron via Flickr

En novembre 2018, ces précautions n’ont pas empêché un autre incident, qui a été grandement médiatisé. Il s’agit de la mort de John Allen Chau, un Américain de 26 ans qui souhaitait convertir ce peuple reclus au christianisme. Après avoir tenté à plusieurs reprises de débarquer sur la plage, ce qui a suscité des avertissements agressifs de la part de la communauté de l'île, le jeune homme s’est de nouveau rendu sur l’île en délaissant son bateau. Des pêcheurs ont vu les Sentinelles traîner sa dépouille sur le sable peu de temps après.

De l’extérieur, le mode de vie de cette communauté a une apparence bien rudimentaire. Les Sentinelles ne semblent pas maîtriser le feu, les membres de ce peuple fabriquent des outils primitifs avec les ressources de l’île, utilisant le métal récolté sur des bateaux échoués afin de fabriquer des pointes de flèches et des têtes de haches. Les chercheurs et chercheuses ne connaissent ni leur religion, ni leur langage, ni leur nombre exact, qui serait de 50 à 200 individus.

Les Awá de l’Amazonie

Le tiers des Awá, peuple des forêts du Brésil, n’ont aucun contact avec le reste du monde. Il s’agit d’une communauté grandement menacée par certaines entreprises qui ont des activités en Amazonie, qui veulent saisir leurs terres. En 2011, des individus liés à une opération illégale de déforestation ont choqué la planète en assassinant violemment une petite fille Awá de 8 ans qui s'était égarée hors de son village.

Des organisations comme Survival International désirent attirer l’attention sur la lutte pour la survie de cette communauté et dénoncent l'inaction du gouvernement brésilien. Dans les dernières années, des campagnes ont été créées afin de protéger ce peuple de l’extinction.  En photo et en vidéo, la communauté des Awá est apparue peu à peu aux yeux du monde.

En juillet 2019, la vidéo d’un Awá faisant partie d’une tribu non contactée s’est répandue dans les publications des médias occidentaux. Capturée par des membres du FUNAI, cette vidéo permet, entre autres, de prouver la présence des Awá dans la région pour préserver ces terres des différentes entreprises qui veulent les saisir.