Après la revitalisation de fruits et de légumes difformes, toujours plus d’efforts sont mis en œuvre pour contrer le gaspillage alimentaire au Québec : sauces, vinaigrettes, beurres de noix, pâtes et autres aliments secs imparfaits échappent à leur tour au rebut. 

 

Marché SecondLife, qui rescapait déjà les fruits et légumes difformes mal-aimés de productrices et producteurs locaux, ajoute des produits d’épicerie à l’offre de son marché en ligne. 

Pâtes, barres de céréales, café, thé, vinaigrettes, sauces et autres beurres de noix dont l’étiquette ou la recette aurait été légèrement altérée, par exemple – tous produits ou fabriqués au Québec –, sont ainsi réunis sous la marque joliment nommée Fièrement Différent de l’entreprise québécoise. 

 

Répondre aux défis des fermiers

C’est en discutant avec des producteurs et productrices, ainsi qu'avec des propriétaires de commerces de détail au marché Jean-Talon, à Montréal, afin de comprendre les enjeux qui les attendent que Thibaut Martelain, qui étudiait alors en administration des affaires à HEC Montréal, a eu l’idée, en 2014, de commercialiser leurs (abondants) fruits et légumes imparfaits. Un projet qui correspondait aux valeurs du futur entrepreneur, désireux de contribuer à protéger l’environnement.

« On s’est rendu compte qu’on pouvait avoir un gros impact auprès des fermiers parce qu’on pouvait les aider à vendre ces produits qui étaient mis de côté », explique au bout du fil le fondateur et président du Marché SecondLife, mis sur pied en 2015. 

 

Des agricultrices et agriculteurs surpris

« En 2014, personne ne parlait du gaspillage alimentaire au Québec », se rappelle Thibaut Martelain. 

Il se souvient de la réaction des productrices et des producteurs, intrigués de voir ce Français de 24 ans débarquer en Montérégie afin de leur demander s’ils et elles avaient des fruits et des légumes moches à revendre. « Ils n’ont pas forcément compris sur le coup ce que je cherchais à faire, car personne n’avait vraiment cherché à commercialiser ces produits. »

« Mais maintenant, poursuit-il, ils sont vraiment conscients qu’il y a un marché pour ça et que, nous, on est là pour les aider, pas pour leur créer des problèmes. » 

Marché Second Life

La perfection n’existe pas

Fruits, légumes et autres produits d’épicerie dont la forme ou la taille déroge aux normes peuvent en effet connaître un sort funeste, « un sujet encore un peu tabou », fait remarquer M. Martelain : aliments laissés au champ ou cueillis, mais jetés sur la chaîne de tri, surplus jetés de récoltes surabondantes… 

Le fondateur ne blâme pas les agriculteurs et agricultrices pour ces pertes : « C’est l’industrie qui les contraint à les jeter », affirme-t-il.

D’ailleurs, il souligne que l’une de ses plus grandes fiertés est d’aider les fermes à sauver des aliments ayant nécessité autant de labeur, d’eau et d’argent que tous les autres. « Je suis super fier qu’on parvienne à leur offrir un revenu pour un produit qui n’était pas valorisé. »

 

L’avenue féconde du sec

Thibaut Martelain et son équipe, composée de « personnes très motivées à contrer le gaspillage », autre source d’immense fierté pour lui, approfondiront l’avenue des produits d’épicerie secs. « Le but est de grossir la gamme des Fièrement Différent, car les produits parfaitement consommables, mais peu valorisés, souvent issus d’erreurs de machinerie ou humaines, sont nombreux », indique-t-il. Il envisage en outre d’offrir des plats préparés, comme des sauces ou des soupes, en collaboration avec les fermes du Québec.

Le fondateur de Marché SecondLife constate-t-il un changement de mentalité à grande échelle? « [En 2015], c’était plus difficile d’expliquer aux gens pourquoi on vendait des produits imparfaits – certains pensaient vraiment qu’on vendait de la scrap trouvée dans les vidanges », remarque-t-il. 


Quelques années plus tard, le gaspillage est au cœur de l’actualité, gouvernements et personnalités publiques soutiennent la cause, la marche pour le climat à Montréal en 2019 a changé la donne, énumère-t-il. Mais bien qu’il soit plus facile de sensibiliser la population, le combat n’est pas gagné. « Il a des choses qu’on peut mieux faire dans notre quotidien, et consommer ces produits imparfaits, les sauver des vidanges, c’est un pas vers ça », conclut Thibaut Martelain.