Au cœur du centre-ville de Montréal, dans le nouveau quartier des spectacles, se dresse un édifice de verre et de béton, cachant mille et une innovations vertes. À la fois bâtiment écologique, d’éducation et de sensibilisation, sa conception a été assurée par l’organisme Équiterre.

Un an après l’inauguration de la Maison du développement durable de Montréal, Normand Roy, chargé de projet au sein de l’OSBL, nous parle de la conception de ce bâtiment écologique, de l’inspiration qu’il génère autour de lui et de ce qui a été « l’une des plus grandes aventures de sa vie ».

Agence Science-Presse (ASP) — Quel a été votre rôle dans la construction de la Maison du développement durable de Montréal?

Normand Roy (NR) — J’ai été chargé du projet, mais je n’ai pas accepté tout de suite de l’être. J’ai même refusé, à plusieurs reprises. Ce n’était pas mon univers, celui du commerce équitable. Je n’y voyais pas ma pertinence. Mais à force d’y réfléchir, je me suis rendu compte que ce bâtiment avait du potentiel pour modifier notre vision du cadre bâti. Et qu’il pouvait permettre des changements importants : un immeuble peut avoir un impact immense sur l’économie, la productivité, la santé de ses habitants, mais aussi sur notre manière de concevoir le monde, plus vert et plus juste.

ASP — Qu’est-ce qui distingue la Maison du développement durable de Montréal du bâtiment voisin?

NR – D’abord, la raison pour laquelle elle a été construite : pour donner aux organismes qui l’occupent une maison en accord avec leurs valeurs écologiques et sociales. Elle constitue aussi une formidable rampe pour le bâtiment durable au Québec : sur notre vision et nos façons de faire en la matière, en donnant plus de place à l’innovation et à la discussion au sein d’un groupe élargi d’organismes membres. Le chemin pour y arriver a été plus important que l’aboutissement : il a fallu se poser des questions que l’on ne se pose plus : pourquoi ne consommons-nous pas de manière responsable en matière de résidentiel ou encore, pourquoi acceptons-nous de vivre dans des boîtes en carton alors que tant de technologies permettent de réutiliser, recycler ou diminuer notre empreinte écologique?

ASP — Avez-vous puisé votre inspiration du côté de l’Europe?

NR — Notre inspiration a été plutôt américaine. Nous n’avons pas le réflexe de nous tourner vers l’Europe, plus lointaine. Le marché du bâti n’est pas si mondialisé que ça. L’accès à la technologie et aux matériaux doit être aisé, sans avoir à réinventer la filière. Par exemple, nous aurions aimé avoir recours à la technologie du bubbledeck, une façon de couler les dalles de béton autour de ballons. Mais en acheter les droits et trouver l’ingénieur capable de l’exécuter s’est avéré trop compliqué par rapport aux avantages réels. Nous avons choisi des technologies et des matériaux écologiques accessibles au Québec.

ASP — Quels ont été les choix de réalisation?

NR — Nous ne voulions pas être innovateurs à l’extrême, mais nous voulions tout de même poser des gestes ambitieux. Nous ne voulions pas tenir les choses pour acquises, nous voulions aiguiser notre sens critique. Et la meilleure façon d’y arriver était de changer la culture des architectes et de l’équipe de travail. La culture du bâtiment est une culture en soi. Pour ce faire, nous sommes allés chercher des gens capables de « challenger » les ingénieurs. Ce projet a duré 10 ans et a nécessité une longue réflexion. Ce long processus a permis de réajuster le projet en fonction des technologies innovatrices choisies et des besoins des organismes membres.

ASP — Quels sont vos bons coups et vos regrets?

NR — Je suis fier d’avoir participé à la construction d’un bâtiment vert de cette ampleur au centre-ville de Montréal alors que nous sommes qu’un petit OSBL. C’était un projet plus ambitieux que mes rêves les plus fous et il a nécessité des efforts considérables pour convaincre tous les gens impliqués. Un an après son inauguration, l’essentiel, pour moi, est de voir mes collègues contents d’habiter ce bâtiment.

Ce n’est toutefois pas la fin du chemin, nous n’avons pas encore obtenu la certification Leed. J’aurais aimé aussi aller plus loin pour intégrer l’analyse du cycle de vie dans le choix des matériaux pour le rendre plus efficace au niveau énergétique. J’aurais aimé aussi qu’il soit plus beau. Ce ne sera jamais une destination de voyage comme une œuvre de Gàudi ou le bâtiment de la Chesapeake Bay Foundation, qui accueille près de 3 000 visiteurs par année et qui génère une vie économique grâce au tourisme. Nous n’avons pas bâti une cathédrale, mais il est confortable et de qualité. Si nous avons réussi notre coup, il deviendra une source d’inspiration.

ASP — Un an après, qu’en retirez-vous et que feriez-vous différemment?

NR — J’ai appris qu’il n’existe pas de critères absolus lorsqu’on conçoit ce genre de bâtiment. Il faut soupeser tous les facteurs environnementaux, sociaux et économiques. Si c’était à refaire, j’essaierais de partir sur des bases plus solides : avoir déjà l’argent et connaître les occupants avant de dessiner les plans. Le secret du succès reste toutefois le mélange des idées, de la patience et du temps. Ce projet a été la plus belle aventure de ma vie. Je m’estime ultrachanceux d’avoir été choisi pour faire naître ce bâtiment durable exemplaire. Mais ce n’est pas fini, toute la gestion reste à faire. C’est un peu comme conduire une voiture sophistiquée : il faut le faire dans le même esprit que nous l’avons conçu, avec nos valeurs et en impliquant les membres. Nous devons vivre en accord avec notre vision durable. Construire un bâtiment d’exception n’est que la première étape du processus.

Pour en savoir plus

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