Écrire sur l’orgasme féminin, un fantasme de nombreuses journalistes scientifiques, donne parfois quelques mots de tête – non, rassurez-vous, je ne vais pas me retenir – car il s’agit d’un domaine longtemps discrédité.

Des chercheurs viennent de lever un coin du voile sur ce pan mystérieux de la sexualité humaine, tout en ravivant de nombreuses frustrations, car ils avancent qu’il ne s’agirait que d’un reliquat de notre évolution. Leurs travaux, publiés dans le Journal of Experimental Zoology, tentent de retrouver l’origine de la source de plaisir sexuel féminin, peu lié au succès reproductif, contrairement à l’orgasme masculin indispensable à l’éjaculation et le transfert de sperme d’un partenaire à l’autre.

Jusqu’il y a 70 millions d’années, l’orgasme féminin aurait régulé la reproduction de notre ancêtre commun en libérant des hormones – prolactine et ocytocine – liées à la lactation et l’attachement maternel. Cette cascade hormonale relâcherait l’ovule au bon moment, garantissant le succès de la procréation.

Ce déferlement hormonal ne confèrerait pas d’avantage biologique et se serait perdu chez certaines femmes, soutiennent même les chercheurs. Leur hypothèse tendrait à expliquer pourquoi seulement certaines femmes atteignent ce nirvana.

Depuis cette lointaine nuit, un autre rythme de reproduction – l’ovulation cyclique, le fameux cycle de 28 jours menant aux menstruations – se serait installé chez l’être humain, à l'instar de nombreux mammifères. Seulement une femme sur trois expérimenterait régulièrement cette sensation jouissive qui, d’après les deux biologistes de l’évolution, ne servirait plus qu’au plaisir de celles qui s’y adonnent.

Jouir comme une femme

Il existerait près d’une vingtaine de théories qui tentent d’expliquer d’où provient l’orgasme féminin, certaines inspirées du fonctionnement de l’orgasme masculin, d’autres liées aux chances de conception – sans réussir à démontrer son lien avec la fécondité des partenaires – et il s'agirait même, pour d’autres chercheurs, d'une petite nouveauté de l’évolution afin de garder le feu sacré au sein des vieux couples.

Depuis une dizaine d’années, quelques chercheurs dénoncent, les travaux d’Elizabeth Lloyd en tête, le biais des études reflétant souvent le point de vue masculin sur la question – et assurant que si l’orgasme féminin existe, c’est parce qu’il a aidé, dans le passé, les femmes à avoir des enfants. Cette controverse repose sur un manque de données et d’informations objectives sur ce qui reste encore un grand mystère de la sexualité.

Sans compter que la jouissance féminine a été longtemps niée, raillée et même éliminée – rappelons que des milliers de petites filles sont excisées chaque année en Afrique et ailleurs. Et même pour de nombreuses femmes, avoir du plaisir reste encore tabou. Alors, comment admettre que l'orgasme puisse exister, sans utilité, pour la seule satisfaction de la femme ?

Le clitoris, ce méconnu

Le clitoris est le grand stimulateur du plaisir féminin – même si, derrière cet organe, le grand maitre d’œuvre reste le cerveau, car sans mise en scène mentale, point de glissade vers la jouissance. En comparant la position du clitoris chez les grands mammifères, les auteurs assurent avoir une clé pour comprendre le lien entre orgasme féminin et ovulation.

Ils soutiennent que le changement de position du clitoris, qui s’est éloigné du vagin chez les mammifères à ovulation spontanée (et les êtres humains), rendrait les rapports sexuels non seulement plus douloureux, mais expliquerait pourquoi de nombreuses femmes ne connaissent pas cette jouissance.

À la suite des travaux de la gynécologue-obstétricienne française Odile Buisson, un clitoris a été réalisé en taille réelle grâce à l’imprimerie 3D. Plus complète et complexe que ce qu’elle laisse voir, la morphologie de cet organe demande à être mieux cernée pour enfin comprendre le plaisir génital féminin.

 

POUR EN SAVOIR PLUS

L’orgasme féminin expliqué par la science ;

Odile Buisson et l’orgasme féminin (vidéo) ;

– « Le Secret des femmes. Voyage au cœur du plaisir et de la jouissance », par Élisa Brune et Yves Ferroul (Odile Jacob) ;

– « The case of the Female orgasm », par Élisabeth A. Lloyd ;

– « Sometimes an Orgasm is Just an Orgasm » par Élisabeth A. Lloyd.