Le printemps fait de nouveau germer les primesautières des sous-bois. Violettes et sanguinaires du Canada voisineront bientôt les renoncules. Il y aura cependant un grand absent : l’ail des bois (Allium tricoccum). Trop cueilli et bousculé par le développement urbain, il ne tapisse plus nos sous-bois.

La culture programmée en érablière pourrait toutefois sauver le disparu. « Il y a une abondance d’érables au Québec et l’ail des bois tire profit de la protection des arbres », relève Line Lapointe, professeure au département de biologie de l’Université Laval.

Sous l’impulsion du Ministère de l’Agriculture, Pêcherie et Alimentation du Québec et après deux projets d’étude sur la production de plants d’ail des bois, la chercheuse du Centre d’études de la forêt se montre confiante. Les bulbes, souvent saisis lors des opérations de lutte au braconnage, se transplantent facilement — leur taux de survie voisine les 100 %. De plus, les plants ne nécessitent que peu d’engrais biologique pour croître.

Même s’il se plaît sous les couverts des érablières, le cousin de l’« ail des ours » européen gagnerait à se développer sous d’autres frondaisons. Les chênes et les frênes, des feuillus nobles, laissent ainsi passer plus de lumière, ce qui l’avantagerait. Mais au sud du Québec – la limite nordique pour l’ail des bois –, les plantations d’érablières sont en plus grand nombre

Les changements climatiques, avec leurs poussées de température, pourraient aussi faire reculer la limite nordique de l’ail des bois. La plante a besoin cependant d’un léger ensoleillement, de modeste précipitation et d’une température fraîche. « C’est une petite vite qui sera désavantagée si la chaleur vient trop vite. Sa respiration serait accélérée et le rejeton, plus petit », précise la chercheuse.

Fragile et désirable

Produire de l’ail des bois exige de la patience et du doigté. La graine tombée au sol profite de la dormance hivernale et germera le second printemps – soit un an et demi après la chute de la graine. La première année, les feuilles seront très petites et fragiles. Il faudra 4 à 5 ans pour que le plant donne son plein potentiel.

Au Québec, cette plante printanière a le statut de vulnérable. Le pillage des populations et le développement immobilier ont entraîné la perte de l’ail des bois. Depuis 1995, la plante bénéficie d’une protection juridique en interdisant le commerce et la cueillette. Seule une faible récolte pour consommation personnelle – 50 bulbes par personne et par année – est tolérée, en dehors des zones de protection.

Line Lapointe est d’ailleurs plus préoccupée de l’homme que du climat quand vient le temps de parler de l’avenir de l’ail des bois. Redoutant d’être trop optimiste par peur de voir le retour du pillage, elle considère que le sujet reste très sensible. « Ce ne sera jamais une production à grande échelle. Ce marché de niche pourra un jour alimenter les restaurants et les marchés publics, mais il faut avant tout décourager les braconniers », soutient la chercheuse. De cette manière, nous verrons un jour cette plante printanière bien de chez nous relever la tête.

Semer de l’ail pour la bonne cause

Depuis près de 15 ans, le Biodôme de Montréal participe également au sauvetage de cette plante rare et convoitée. Le programme SEM’AIL vise à la restauration de l’espèce et à sa réintroduction en milieu naturel. Pour y arriver, plus d’un million de graines et 400 000 bulbes saisis ont été distribués à des propriétaires d’érablières intéressés. Lors de l’Année internationale de la biodiversité, en 2010, un projet de sensibilisation SEM’AIL jr avait aussi été lancé dans les écoles des régions touchées par le déclin pour sensibiliser les enfants. Plus de 500 jeunes s’étaient transformés pour l’occasion en semeurs d’ail!

 

Pour en savoir plus :

Sur l’ail des bois

L’ail des bois à l’émission La Semaine verte

L’ail des bois, une vivace printanière (vidéo)