Selon une annonce faite cette semaine, la rougeole serait « éliminée » de l’ensemble des Amériques depuis au moins trois ans. Pourtant, il y a eu des éclosions de rougeole en Californie et au Québec l’an dernier. Que faut-il comprendre de cette annonce?

Quelle est la source?

La déclaration du 27 septembre sur l’élimination de la rougeole émane du — c’est vraiment son nom — Comité international d’experts pour la documentation et la vérification de l’élimination dans les Amériques de la rougeole, de la rubéole et du syndrome de rubéole congénitale. Le comité a été créé par l’Organisation mondiale de la santé et l’annonce a été faite dans le cadre du 55e conseil de direction de l’Organisation panaméricaine de la santé (PAHO) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), rencontre à laquelle assistent des ministres de la santé des Amériques.

Un continent peut être « sans rougeole » même s’il y a de la rougeole?

Oui. Pour qu’un pays ou une « région » (ici, les trois Amériques) soient décrétés « libérés » de la rougeole, il doit s’être écoulé au moins trois ans sans aucun cas nouveau venu « de l’intérieur ». Autrement dit, toutes les éclosions de rougeole doivent avoir eu pour patient zéro un touriste ou un visiteur étranger.

On se rappellera que l’éclosion de rougeole de l’an dernier, dans une secte religieuse de la région de Joliette, au Québec, avait pour origine une famille qui était rentrée de Disneyland, en Californie. Il se trouve que le Centre de contrôle des maladies (CDC) des États-Unis attribue à une souche asiatique cette éclosion « californienne »: 189 cas recensés.

Certes, le fait que cette rougeole se soit répandue assez vite en Californie est directement lié au bas taux de vaccination dans certaines communautés — un taux aussi bas que 50 %, a-t-on rapporté l’an dernier. Mais il s’agissait chaque fois de la même souche asiatique.

À quand remontent les derniers cas « locaux »?

Selon le CDC, le dernier cas aux États-Unis de rougeole d’origine américaine remonte à 2000. Depuis, chaque nouvelle éclosion a été bloquée en quelques mois. Dans l’ensemble des Amériques, la dernière véritable poussée « indigène » remonterait à 2002, au Venezuela selon l’OMS.

Le taux de vaccination très élevé aux États-Unis a probablement joué un rôle pour limiter l’impact des cas « importés ». L’OMS évalue traditionnellement le seuil de sécurité à 95 % de la population vaccinée dans 80 % des villes.

Pourrait-on assister à un retour ?

Oui. À l’ère des voyages en avion, tant qu’un virus n’est pas complètement effacé de la planète, il peut voyager. Et il suffirait qu’il rencontre une population comptant un grand nombre de gens non vaccinés pour que ce virus se répande de façon imprévisible.

En 2015, à travers le monde, l’OMS a recensé officiellement 244 704 cas de rougeole, en baisse par rapport aux années précédentes. Plus de la moitié étaient en Afrique et en Asie.

Est-il pensable qu’un virus soit éradiqué à 100 % ?

C’est le cas de la variole, dont plus un seul cas n’a été signalé où que ce soit dans le monde depuis les années 1970 : la campagne mondiale d’éradication de la variole a donc été un succès, mais c’est la seule jusqu’ici. Le virus de la polio, que l’on a souvent présenté depuis 20 ans comme étant en voie d’éradication, résiste dans trois pays, plus précisément dans les régions de ces pays les plus difficiles d’accès pour les équipes médicales — Nigeria, Pakistan et Afghanistan. Le dernier cas de polio dans les Amériques remonte à 1994. La rubéole et la rubéole congénitale sont également considérées comme absentes des Amériques depuis 2015. Avec l’annonce de cette semaine, les Amériques deviennent la première région du monde à être décrétée « sans rougeole ».