Peut-être avez-vous vu la vidéo virale de la petite Whittington? L’histoire d’un garçon né fillette illustre, à sa manière, la réalité des personnes trans. Lorsqu’elles ne font plus corps avec leur physique ou leur genre, certaines personnes décident alors d’en changer.

Pour démystifier cette variance du genre, les Instituts de recherche en santé du Canada présentaient au début du mois de juin, à Montréal, en collaboration avec l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, un café scientifique, intitulé Trans : une nouvelle image face à la société.

« Cette quête d’identité est un concept qui perturbe encore bien des gens dans une société qui repose encore beaucoup sur la dualité homme ou femme. Il faut le placer dans un continuum entre ces deux pôles », affirme d’emblée la psychologue clinicienne et cofondatrice de l’Institut des minorités sexuelles, Françoise Susset.

Comme le mot « transformation », l’appellation « trans » touche à trois facettes de la personne : l’identité, le sexe et le genre. « La personne trans chemine d’un genre à l’autre pour s’affirmer. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous utilisons seulement le mot trans, pour évoquer le mouvement de la recherche de soi », explique pour sa part Gabrielle Bouchard, coordonnatrice de la défense des droits trans au Centre de lutte contre l’oppression des genres de Montréal.

Cette transformation du genre passe souvent entre les mains de médecins à travers diverses procédures chirurgicales, des hormones à la chirurgie, qui s’avèrent très longues et complexes. « En 5 ans, près de 450 personnes nous ont consultées pour une transformation. Comme il y a d’énormes défis liés à ces techniques, nous n’opérons pas tout le monde », souligne toutefois Pierre Brassard, directeur du Centre métropolitain de chirurgie plastique.

À une certaine époque, pour accéder à un changement administratif et légal – et pour changer son prénom – au Québec, il fallait aussi passer, le plus souvent, sur la table d’opération. Le projet de loi 35 du Code civil, déposé à la fin de l’année 2013, a cependant changé les choses. Cette loi rend dorénavant possible la demande d’un changement de sexe sans avoir recours à des traitements médicaux et d’invasives interventions chirurgicales.

Marginalisation et souffrance

L’application de cette loi sortira également les personnes concernées d’une zone grise propre à de nombreuses souffrances et vulnérabilités. Depuis 25 ans, Pierre Côté, médecin de famille à la Clinique médicale du Quartier Latin en constate le besoin. « Il y a beaucoup de marginalisation et d’isolement au sein de la communauté. Il faut développer une relève ouverte à cette problématique chez les jeunes chercheurs. »

Même si le café scientifique a attiré près de 70 curieux de tous horizons, la principale difficulté reste encore l’ostracisation, des personnes trans, particulièrement des femmes, cibles de nombreuses violences. La raison réside, selon les panellistes, en une société fortement binaire – ou « genrée », comme l’ont qualifiée de nombreux intervenants et en témoigne le récent film Les garçons et Guillaume, à table!

« Comme pour les luttes féministes, il y a encore beaucoup à débattre. L’expression de genre nous touche tous, car nous l’appliquons tous les matins en s’habillant et se maquillant. Nous faisons tous partie de la démarche », souligne à nouveau Françoise Susset.

Ce désir de changer survient généralement très tôt dans la vie. « De nombreux comportements atypiques surviennent dès 3 à 5 ans chez les garçons, mais plus souvent juste avant la puberté chez les filles », confirme Shuvo Ghosh, pédiatre du développement à l’Hôpital de Montréal pour enfants du CUSM.

Vouloir s’habiller en fille ou adopter des comportements de l’autre sexe demande une confiance en soi que ne possèdent pas tous les enfants. Isolés à l’école et dans leur quotidien, de nombreux enfants doivent aussi confronter leurs parents dans leurs certitudes. Ces derniers étaient d’ailleurs les grands absents de ce café scientifique.

Une place pour les enfants

L’auteure de livres pour enfants et trans elle-même, Sophie-Geneviève Labelle, est venue présenter le premier camp de jour pour enfants transgenres. « Un endroit sécuritaire où les enfants peuvent socialiser et parler de leur réalité avec leurs amis », présente l’intervenante d’Enfants transgenres. À travers ses livresLes pingouins ne jugeront pas, La Boîte à surprise et Une fille comme les autres –, elle vise à transmettre aux enfants un discours plus ouvert sur cette réalité. « Aucun enfant n’est né dans un “mauvais corps”, comme l’écrivent les médias, il faut changer notre discours sur cette réalité », pense l’auteure.

POUR EN SAVOIR PLUS

L’enregistrement du café scientifique sera bientôt en ligne, ici.

À lire

Identité de genre : au-delà des apparences, une entrevue avec Shuvo Ghosh, pédiatre du développement à l’Hôpital de Montréal pour enfants du CUSM.

Des ressources

ATQ – Organisme d’aide aux transsexuel(les)s du Québec
Enfants transgenres

Invisible Lives - The Erasure of Transsexual & Transgendered Peopleet Sex Change, Social Change: Reflections on Identity, Institutions & Imperialism de Viviane Namaste

La psychologue Diane Ehrensaft parle de son travail de soutien aux enfants (vidéo)

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