Diffusée tous les mercredis sur ICI Explora, la série documentaire Un caillou dans l’univers raconte le récit fascinant de la Terre, selon la perspective de huit astronautes. Ce rocher en suspension dans notre galaxie est le berceau de la vie telle que nous la connaissons, mais est-il si unique? Récemment, le satellite TESS de la NASA découvrait une nouvelle exoplanète potentiellement habitable. Baptisée GJ 357d, celle-ci se situe à 31 années-lumière de la Terre.

Pour René Doyon, directeur de l’Institut de recherche sur les exoplanètes (iREx), il s’agit d’une découverte bien intéressante, mais loin d’être exceptionnelle. « Il y a, à peu près, plus de 4000 exoplanètes (une planète à l’extérieur de notre système solaire) qui ont été découvertes depuis la première, en 1995. Ce n’est pas une surprise. On en découvre de plus en plus, mais le recensement n’est pas complet. C’est un travail qui est présentement au cœur des préoccupations de la communauté scientifique », exprime-t-il.

Pourtant, avec les outils disponibles, il est pour l’instant impossible de dire si l’une de ces exoplanètes ressemble à la nôtre, si elles possèdent la même atmosphère ou une surface semblable, et encore moins s’il y a de la vie sur celles-ci.

« Parmi les 4000 systèmes planétaires que l’on a trouvés, celui dans lequel on vit semble assez unique. On sait déjà que l’on vit dans un système qui est un peu une exception parce que les planètes les plus typiques n’y sont pas présentes »

- René Doyon

Des planètes qui n’existent pas dans notre système solaire sont pourtant bien répandues à l’extérieur de celui-ci, elles y représentent même la norme. Selon le directeur de l'iREx, il s'agit de l’une des plus grandes découvertes sur les exoplanètes réalisées dans les 10 dernières années.

Elles ont une masse et une taille qui se situent entre celles de la Terre et celles de Neptune. « On les nomme des super-Terres ou des mini-Neptunes. On ne connaît pas trop leur composition. Il s'agit peut-être de grosses boules de roche, plus grosses que la Terre, ou alors de petites planètes gazeuses. » Notre système solaire semble donc assez unique, si on considère les caractéristiques typiques du reste de l’univers connu!

Des réponses avec le télescope James Webb?

René Doyon collabore depuis 2001 sur le projet entourant le télescope spatial James Webb, un outil développé par la NASA en collaboration avec les agences spatiales canadienne et européenne. Si tout se passe comme prévu, ce télescope à la fine pointe de la technologie remplacera Hubble en mars 2021, après avoir vu sa mise en orbite repoussée à maintes reprises.

Le télescope spatial James Webb sera assemblé dans les prochaines semaines / Photo : NASA

« James Webb va pouvoir entrer en scène pour étudier l’atmosphère de ces exoplanètes. Webb sera lancé en mars 2021. Nous avons un instrument à bord, le NIRISS. Il va, entre autres, permettre de déterminer la composition chimique de l’atmosphère des exoplanètes. On pourra détecter l’eau, le Co2, le méthane et, avec un peu de difficulté, l’oxygène. Ce sera les premiers pas pour éventuellement détecter la vie », précise le professeur d’université.

Le NIRISS (Near-InfraRed Imager and Slitless Spectrograph) utilise les techniques spectroscopiques pour étudier les planètes lorsque leur atmosphère est traversée par la lumière des étoiles. « C’est assez complexe, et ça prend une machine très optimisée et puissante pour le faire. James Webb sera cette machine. » 

Ce nouveau télescope est extrêmement attendu par la communauté scientifique, puisqu’il permettra de mieux découvrir ces planètes lointaines qui nous entourent. Les théories sont multiples, et tout reste à prouver.

« On pourrait avoir des planètes-océans, c’est-à-dire un cœur rocheux avec un océan sans continent. Nous n’avons pas encore trouvé ce genre de planètes, mais nous pensons qu’elles existent et l'on pourra les trouver plus tard avec ce fameux télescope spatial. »

- René Doyon

L’exoplanète Proxima B, la plus proche de notre système solaire, se situe dans la zone habitable (ni trop chaude, ni trop froide pour la vie) autour de son étoile, la naine rouge Proxima Centauri. Elle représente une cible de choix dans la recherche d’une planète semblable à la nôtre. René Doyon rappelle toutefois qu’il faudrait sans doute plusieurs dizaines de milliers d’années pour s’y rendre avec la technologie actuelle.

C’est une quête de réponses et une grande curiosité qui animent l’esprit du directeur de l’iREx. Il ne cache pas sa passion en expliquant l’importance de la recherche sur les exoplanètes. 

« Je pense que le but ultime de cette recherche, c’est de savoir si nous sommes seuls dans l’univers ou s’il y a de la vie ailleurs. Si la réponse finale est que l’on est relativement unique, ça démontre encore plus l’importance de prendre soin de notre planète. Il n’y en a peut-être pas d’autres où l'on peut aller pour vivre », conclut-il.