Il y a 10 ans ce mois-ci, un petit squelette appelé Hobbit réécrivait l’histoire de l’humanité. Ou du moins, tentait de la réécrire. Dix ans plus tard, la controverse refuse de s’éteindre.

À défaut d’avoir convaincu tout le monde qu’il appartenait à une espèce humaine différente, ce « petit homme » de l’île de Florès, en Indonésie, a au moins donné du tonus à l’idée voulant que d’autres espèces humaines aient côtoyé la nôtre, au cours des 100 000 dernières années. L’idée n’était pas si saugrenue : on connaissait déjà les Néandertaliens, mais on les croyait l’exception. Depuis, des généticiens ont identifié, dans un os de doigt retrouvé dans une caverne de Sibérie, de l’ADN n’appartenant ni à l’Homo sapiens ni aux Néandertaliens : l’homme de Denisova, qui vivait en Asie, et peut-être en Europe, il y a 40 000 ans.

Mais le Hobbit, c’était autre chose. Seulement un mètre de haut. Un crâne plus petit que celui d’un chimpanzé, et pourtant, des outils de pierre dans la caverne. Une occupation qui aurait commencé il y a des centaines de milliers d’années et ce squelette, vieux de seulement 17 000 ans. Une espèce naine? Un descendant rachitique de certains Homo erectusqui seraient restés bloqués sur cette île des centaines de milliers d’années plus tôt?

Et si c’était le contraire? S’il s’agissait d’un Homo sapiens, mais affligé d’une malformation du crâne appelée microcéphalie? C’est l’autre thèse qui a été avancée dès l’annonce de la découverte, en 2004 et depuis, une minorité, petite mais bruyante, ne cesse de la ramener sur le tapis. Les uns l’ont comparé à des crânes modernes microcéphales, et sont arrivés à la conclusion que la ressemblance est suffisamment grande pour étayer leur hypothèse, les autres ont fait le même travail et sont arrivés à la conclusion contraire. En août dernier, une nouvelle étude disait qu’il s’agissait plutôt du syndrome de Down.

Le gros problème est qu’on ne dispose toujours, 10 ans plus tard, que de la même poignée d’ossements : un seul squelette assez complet (une femme) et des fragments de six autres, mais pas d’autre crâne qui permettrait de trancher définitivement si celui-ci était un cas unique ou pas. Cela reste, à ce jour, la grosse épine dans le pied de l’hypothèse de l’espèce humaine différente.

L’histoire a aussi été de celles qui, en 2004, ont ouvert les yeux à des pratiques douteuses de la part de certains chercheurs trop pressés. Des ossements prêtés à une tierce partie, hostile à la théorie du Hobbit, et qui ne sont pas rendus intacts, soulevant toutes sortes de rumeurs d’où l’image du scientifique en sarrau pur et intègre n’est pas sortie, elle, intacte.

En attendant, d’autres fouilles ont régulièrement lieu l’été dans la caverne originale ou dans d’autres de l’île de Florès. Et bien des paléontologues ont l’œil sur d’autres îles de cette partie de l’archipel indonésien, voire jusqu’aux Philippines. Si nos ancêtres Homo erectus ont été plus audacieux face à l’eau qu’on ne l’imaginait, tous les espoirs sont permis...