Pendant que les Nations Unies annonçaient qu’il pourrait y avoir de sérieuses pénuries d’eau dans certaines régions du monde d’ici 15 ans à peine, une de ces régions s’avérait être... la Californie. Où, à défaut d’eau, le gouvernement faisait pleuvoir de l’argent.

Le gouverneur Jerry Brown y a signé le 27 mars une loi créant un « fonds d’urgence sécheresse » de 1,1 milliard de dollars américains. Les fonds serviront entre autres à améliorer les infrastructures de collecte de l’eau et le transport du précieux liquide vers les régions agricoles en difficulté. Il y a même un article qui prévoit des amendes plus salées pour les cultivateurs illégaux de marijuana... attendu que ce plant est un grand buveur.

La Californie —qui en est à sa quatrième année d’une sécheresse qui bat record après record — a toutefois des moyens que n’ont pas bien des régions d’Afrique et d’Asie où les nappes phréatiques diminuent à un rythme alarmant.

Mais même en Californie, ce déluge de billets verts pourrait être insuffisant. L’État fait pousser la moitié de ce que produisent tous les États-Unis et si le ciel s’entête à ne pas faire pleuvoir, les meilleures infrastructures de collecte et de transport de l’eau ne suffiront pas. C’est le choix de cultiver autant dans cette région qui devrait être remis en question, dénonce par exemple le magazine Mother Jones.

L’agriculture utilise 80% de l’eau en Californie mais représente moins de 2% de son économie. Davantage d’eau est utilisée uniquement dans la production d’amandes que pour tout ce qui est utilisé par les résidents et les commerces de San Francisco et de Los Angeles combinés.

Le rapport des Nations Unies pose un constat similaire dans des termes moins brutaux: ce n’est pas la quantité d’eau qui pose problème, c’est l’usage qui en est fait. En Inde en particulier, l’agriculture intensive est directement responsable de l’épuisement rapide des nappes souterraines, pendant qu’aucune loi n’encadre ni l’usage qui est fait de cette eau, ni ce qu’on rejette dans les rivières.

À travers le monde, selon une évaluation des Nations Unies, 750 millions de personnes n’auraient pas un accès suffisant à une eau de qualité, même dans des régions, souligne le rapport, en pleine croissance. «La croissance économique en elle-même n’est pas une garantie d’un plus grand progrès social.»

Les environnementalistes californiens réclament eux aussi des lois plus sévères pour limiter la consommation d’eau.

Même l’association des cultivateurs de l’Ouest (Western Growers Association)reconnaît qu’elle fait face à un adversaire encore plus rude que le gouvernement : «la véritable aide viendra d’une fin de cette sécheresse».

Il ne faudra peut-être pas longtemps pour savoir à quoi s’en tenir: le bref printemps humide californien tire en ce moment à sa fin, et si la tendance se maintient, l’été sera très chaud... et très sec.