Émeu sauvage
Photo : iStock

Plumes et mitrailleuses : la guerre des émeus

ICI EXPLORA

13 janvier 2021

L’Australie est bien reconnue pour sa faune variée et unique : ses koalas, ses kangourous, mais aussi ses émeus, de grands oiseaux souvent pris à tort pour des autruches. Ces oiseaux ont une histoire plutôt unique; ils ont été pris à partie lors d’une brève guerre entre les espèces et ils sont parvenus à résister aux efforts des militaires qui désiraient réduire leur population.


Pour découvrir d’autres histoires fascinantes en lien avec la faune australienne, ICI Explora vous invite à regarder La magie de l’Australie, diffusée jeudi à 13 h.


Ce conflit bien unique s’est déroulé en 1932, en Australie-Occidentale. Alors que le pays était frappé de plein fouet par la Grande Dépression, des hardes de plusieurs milliers d’émeus ravageaient les récoltes des fermes de la région. 

 

Lors de leur migration, les émeus pouvaient facilement détruire les clôtures qui protégeaient les récoltes des autres espèces nuisibles, en plus de dévorer les aliments cultivés. Les tensions entre le gouvernement australien et les propriétaires de fermes étant déjà grandes en raison de la crise économique, le ministre de la Défense s’est empressé de les rencontrer pour trouver une solution. 

 

À la demande des propriétaires de fermes, pour la plupart des hommes qui avaient participé à la Première Guerre mondiale, des militaires ont été déployés avec deux mitrailleuses lourdes afin de réduire la population d’émeus. Le plan mis de l’avant pour protéger les récoltes était de positionner les armes dans des passages migratoires clefs afin d’ouvrir le feu sur le plus grand nombre d’animaux à la fois.

 

La mitrailleuse « Lewis Mark I »

Des militaires britanniques manipulent une « Lewis Mark I », la mitrailleuse utilisée pour faire la guerre aux émeus. Photo : Fox Photos/Getty Images

 

L’opération ne s’est toutefois pas déroulée comme prévu : les mitrailleuses se sont enrayées à plusieurs reprises et les émeus se dispersaient rapidement à l’approche des militaires et des propriétaires de fermes. Les grands oiseaux étaient beaucoup moins vulnérables que prévu aux projectiles crachés par les mitrailleuses.

 

Dans un article publié en juillet 1953, le journal australien Sunday Herald relate les propos du major Meredith, qui avait été chargé de l’opération ayant eu lieu plusieurs années plus tôt.

 

« Si nous avions une division militaire avec la même capacité à résister aux balles que ces oiseaux, elle pourrait faire face à n’importe quelle armée au monde. Ils peuvent faire face aux mitrailleuses avec l'invulnérabilité des tanks. »

 

Les responsables de l’unité « anti-émeus » ont changé leur tactique en montant l’une des mitrailleuses à l’arrière d’un véhicule, mais la rapidité des émeus et les mouvements imprévisibles de la camionnette rendaient la tâche encore plus difficile pour les militaires. En 6 jours, après avoir utilisé près de 2500 munitions, seulement quelques dizaines d’émeus avaient été abattus et les militaires ont quitté les lieux, admettant leur défaite.

 

Quelques jours plus tard, un second assaut dirigé par le major Meredith a toutefois été un peu plus efficace et a permis de protéger une bonne partie des récoltes. Par la suite, de vives critiques en provenance du public et de certains journaux ont toutefois convaincu le gouvernement australien d’adopter d’autres méthodes pour protéger les récoltes des fermes. 

 

Des images d'archives de la guerre des émeus récoltées par l'Associated Press.

 

Les propos de l’ornithologue D.L. Seventhy, recueillis par l’Encyclopédie Britannica, résument avec un brin d’humour le fiasco général de l’opération

 

« Les rêves des mitrailleurs qui s’imaginaient tirer à bout portant dans des masses serrées d'émeus ont rapidement été dissipés. Selon toute évidence, les commandants émeus ont utilisé des tactiques de guérillas, et leur armée s’est séparée en une quantité innombrable de petites unités pour profiter du point faible de l’équipement militaire utilisé. Les militaires découragés se sont donc retirés du combat après environ un mois. »

 

Il faut également souligner que l’armée australienne n’a pas subi de perte humaine durant toute la durée de l’opération, un fait certainement attribuable au pacifisme relatif des émeus ainsi qu’à leur manque flagrant d’équipement militaire et de mains pour utiliser le tout. 

 

Aujourd’hui, les émeus sont encore une espèce endémique à l’Australie, il est possible de les retrouver dans la majorité des régions sauvages du pays et leur population se porte bien. Ils sont parfois élevés pour leur viande, leur cuir et leur graisse, mais ils ne sont toutefois plus poursuivis par des militaires armés de mitrailleuses.