L’humain est-il irrémédiablement influençable?

Cet article est en lien avec l'émission Le gros laboratoire.

Aller à la fiche de l'émission

On sait depuis longtemps que le désir de faire partie d’un groupe et le conformisme sont des aspects bien importants de la psyché humaine, mais sommes-nous influençables au point de mettre en doute notre propre jugement? Cette semaine, l’équipe du Gros laboratoire s’est intéressée à cette question le temps d’une expérience et les résultats sont fort intéressants!

Pour réaliser cette nouvelle expérience, l’équipe de l'émission a demandé à ses cobayes de s’asseoir lorsqu'un mot précis serait prononcé plus tard dans la journée par l’animatrice Marie-Pier Élie.

Pour préparer le tout, l’animateur Jean-René Dufort a rencontré deux groupes de cobayes séparément. Le premier groupe, composé de 80 personnes, a eu pour indication de s’asseoir lorsque le mot « banane » serait prononcé. Le deuxième groupe, constitué de 20 personnes, devait faire la même chose, mais le mot indiqué était plutôt « ballon ».

Le but de ce petit test était de voir combien de personnes du deuxième groupe se laisseraient influencer par celles du premier et se mettraient en position assise avec les 80 autres cobayes lorsque Marie-Pier Élie prononcerait le mot « banane ».

Le résultat a été plutôt surprenant; malgré quelques hésitations, les cobayes du deuxième groupe n’ont pas du tout suivi la consigne qui leur avait été indiquée.

« Les 20 cobayes non complices se sont tous assis en entendant le mot "banane". Ils se sont conformés [au comportement des autres] à 100% », indique Marie-Pier Élie lors de l'émission.

Les gens qui avaient reçu l’indication de s'asseoir lorsqu’ils entendraient le mot « ballon » ont donc préféré se fier aux autres plutôt que de suivre la consigne entendue par leurs propres oreilles!

On a pu constater une fois de plus à quel point l’être humain est sensible à la pression du groupe.


- Jean-René Dufort, animateur de l'émission Le gros laboratoire.

Le résultat de cette expérience vient prouver que les pairs exercent une forte influence sur soi, à un point tel qu’on préfère même parfois faire confiance aux autres plutôt qu’à soi-même. 

La peur du ridicule ou de l’attention, le manque de confiance en soi et le désir d’appartenir à un groupe sont tous des facteurs qui contribuent à renforcer le conformisme des êtres humains, et plusieurs expériences scientifiques ont été réalisées dans les dernières décennies afin de bien comprendre ce phénomène.

 

Ignorer une vérité évidente au nom du conformisme

L’une des études les plus célèbres sur la pression des pairs est sans doute l’expérience d'Asch sur le conformisme, menée par le psychologue Solomon Asch dans les années 1950.

Celle-ci visait à déterminer dans quelle mesure les individus cèdent à la pression d’un groupe lorsqu’ils ont à émettre des jugements basés sur leur perception.

Une ligne était montrée aux participants et participantes, puis ces personnes devaient la faire correspondre à l’une des trois autres lignes de différentes longueurs qui étaient présentées à leur groupe. À l'insu des vrais sujets de l’expérience, qui devaient donner leur avis en dernier, les autres personnes du groupe étaient au courant du but de l’exercice et avaient pour consigne de donner intentionnellement des réponses incorrectes.

Un exemple de l'expérience de Asch.

Les lignes présentées lors de l'expérience de Asch. Image : Wikimedia Commons

Les résultats ont révélé qu'un nombre significatif de personnes se conforment aux réponses incorrectes d’un groupe, même lorsque la bonne réponse est évidente. Cette étude devenue célèbre a mis en relief le puissant effet de l'influence sociale sur la prise de décision individuelle et a souligné la tendance humaine à se conformer aux normes d’un groupe, même lorsqu’il s’agit d’ignorer ses sens.

L’expérience du Gros laboratoire est venue prouver que l’être humain n’a pas beaucoup changé sur ce point depuis les années 1950, nous avons toujours bien tendance à nous conformer sous l’influence de nos pairs!