Village au Bangladesh, photo par Stockbytheworld / Wikimedia Commons

Il y a les pauvres et il y a les ultra-pauvres : en Asie et en Afrique, ces derniers le sont souvent de génération en génération, et ont perdu tout espoir de s’en sortir. Un programme d’abord expérimental, aujourd’hui élargi à 20 pays, tend toutefois à démontrer le contraire.

Les statistiques sur la baisse de la pauvreté tendent à passer sous silence le fait que les groupes qui sortent de la pauvreté depuis 20 ans sont rarement ceux provenant de la catégorie « ultra-pauvres », soit un demi-milliard de personnes vivant avec moins de 75 sous par jour.

En 2002, le projet BRAC (Bangladesh Rural Advancement Committee) avait ciblé précisément ce groupe pendant deux ans, en donnant soit un lopin de terre, soit de l’argent pour s’acheter un commerce, soit des animaux d’élevage, le tout doublé de dons de nourriture pour prévenir les coups durs, et de formations intensives. Le résultat avait dépassé les espérances : 97 % des participants avaient quitté les statistiques de l’extrême pauvreté.

Pour contrer l’argument selon lequel le projet était fait sur mesure pour le Bangladesh, un consortium d’organismes d’aide internationale a repris l’expérience dans 20 pays. Les résultats parus le 15 mai dans Sciencesont ceux des six premiers pays —10 000 participants en Inde, au Pakistan, au Honduras, au Pérou, au Ghana et en Éthiopie. On y lit qu’un an après la fin du programme, tous les indicateurs sont au vert : les familles s’alimentent mieux, ont des revenus plus élevés, sont en meilleure santé...

L’étape suivante, si on veut avoir un impact significatif à l’échelle mondiale, serait un programme similaire qui rejoindrait non pas des dizaines de milliers de personnes, mais des millions.

Il faudra pour cela l’appui des gouvernements, parce que le programme nécessite beaucoup d’aide locale : pour suivre les familles chaque semaine, pour les guider avec leurs nouvelles possessions ou pour répondre à leur insécurité.

Il y a un coût rattaché à tout cela, mais, conclut l’équipe de l’économiste Dean Karlan, de l’Université Yale, deux à trois ans plus tard, les bénéfices l’emportent sur les coûts.