Pourrait-on vraiment trouver de la vie martienne sous les roues de Curiosity? Les scientifiques expliquent que non seulement, ce n’est pas le premier objectif, mais que la sonde n’est même pas équipée pour détecter de la vie.

Certes, si le robot roulait tout droit vers un lichen verdâtre accroché à une roche rousse, les doutes seraient dissipés. Mais s’il y a de la vie sur Mars, elle est plus probablement sous la forme de bactéries bien cachées — trop bien cachées pour être à la portée des instruments de Curiosity.

Pourquoi la vie sur Mars serait-elle bien cachée?

Parce que la vie a besoin d’eau, et que s’il reste de l’eau, celle-ci se trouve sous la surface. En fait, s’il y avait eu la plus petite chance qu’il subsiste un lac, la NASA n’aurait jamais donné son accord pour que Curiosity se pose à proximité, pour éviter toute contamination.

Parce que la vie a également besoin de se protéger des rayons ultraviolets du Soleil, et Mars n’a pas une couche d’ozone semblable à la nôtre pour faire ce travail.

Mais sommes-nous sûrs qu’une hypothétique bactérie martienne aurait les mêmes besoins que la vie sur Terre?

Oui et non : on pourrait imaginer une bactérie martienne qui aurait évolué pour résister à de plus fortes doses de radiations. En revanche, l’eau semble un préalable indispensable, d’où l’improbabilité de vie grouillant à la surface de la planète rouge.

La sonde peut-elle détecter des indices, à défaut de trouver de la vie?

Oui, c’est pourquoi les scientifiques insistent sur le fait que sa mission première est de « remonter dans le temps » : le terrain où le robot s’est posé a été spécifiquement choisi pour fournir des informations sur la chimie du sol — incluant l’eau — et de l’atmosphère, à différentes époques du passé de Mars. S’il y a eu de l’eau à cet endroit, comme on le soupçonne, et s’il y a jadis eu de la vie dans l'eau, il peut en rester des indices, sous la forme de ce qu’on appelle des molécules organiques.

Pourquoi avoir choisi cet endroit?

L’une des toutes premières photos renvoyées de là-bas l’illustre en partie : Curiosity est au fond d’un grand cratère ovale (le cratère Gale) de plus de 150 km de large, au centre duquel se trouve une montagne de 5 km et demi de haut : le mont Aeolis, appelé aussi mont Nash.

En des temps reculés (il y a plus de 3 milliards et demi d’années), ce cratère aurait été rempli d’eau. Comme dans tout lac qui se respecte, des sédiments se seraient accumulés, formant un monticule au centre que les vents, avec la disparition de l’eau, auraient érodé pendant des centaines de millions d’années, lui donnant peu à peu la forme qu’on peut voir aujourd’hui.

Jusque-là, rien que du banal : c’est ainsi que le Grand Canyon s’est formé. Sauf que le mont Nash est deux fois plus haut que le Grand Canyon.

Un livre d’histoire, comme le Grand Canyon?

Les pentes du mont Nash seraient donc, à l’image des pentes du Grand Canyon, les chapitres d’un livre d’histoire géologique où chaque « couche » représente plusieurs millions d’années. Et encore, ce n’est pas si simple, parce qu’il y a bien d’autres cratères, y compris sur Terre, mais aucun avec une aussi grande montagne au centre : une partie de la formation du mont Nash reste donc un mystère, reconnaît dans une entrevue au Scientific American John Grotzinger, géologue et scientifique en chef de la mission Mars Science Laboratory.

Reste que la mission pour les deux prochaines années est clairement tracée. Dans les prochains mois, Curiosity commencera par avancer mètre par mètre dans sa région du cratère, qui présente des ressemblances avec ce que les hydrologues appellent un cône de déjection, soit ce qui se forme lorsque des rapides se déversent dans une plaine. Mais il y a beaucoup d’interprétations divergentes quant à cette « ressemblance ».

Ce n’est pas avant 2013 que Curiosity s’attaquera au mont Nash.

Curiosity peut vraiment gravir une montagne?

En théorie, le gros robot pourrait grimper jusqu’à une inclinaison de 20 degrés. Mais les pentes ne sont pas aussi escarpées.

Dans son entrevue, John Grotzinger suggère que Curiosity grimpera d’abord le premier kilomètre sur une pente douce, ce qui permettra déjà de ramasser suffisamment de cailloux pour accumuler des données sur des ères géologiques différentes. À ce moment, en fonction de ses découvertes, il y aura une décision à prendre : continuer de grimper ou recueillir davantage d’échantillons autour ou plus bas.

Pour en savoir plus

La science derrière Curiosity (Scientific American)

La technologie derrière les caméras de Curiosity (Cosmic Log)

Le lieu, par rapport au reste de la planète : vulgarisation avec un maximum de photos et un minimum de texte

Le compte Twitter (!) de Curiosity