Chaque hiver, Martine s’envole vers le Sud. De plus en plus soucieuse de l’état de la planète, elle s’inquiète quant à la pollution atmosphérique que causera son transport en avion, malheureusement inévitable dans les circonstances. Sa collègue lui propose d’acheter des crédits carbone pour compenser en aval ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Devrait-elle suivre ses conseils? Regard sur les multiples facettes de cette pratique écologique à la mode.

Qu’est-ce qu’un crédit compensatoire de carbone?

Prenons à titre d’exemple la situation de Martine. Un aller-retour Montréal-Punta Cana génère près de deux tonnes de carbone, selon la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, qui offre un outil en ligne pour le calcul d’émissions de CO2 (dioxyde de carbone).

Des organismes tels que Planetair et Solutions Will au Québec lui proposent de passer l’éponge sur ses émanations de CO2 en achetant deux crédits carbone compensatoires pour une somme d’environ 50 $. Avec cet argent, les entreprises investissent dans des projets écologiques visant à catalyser les émissions de GES qu’elle a produites en voyageant par avion. Les compagnies peuvent entre autres s’engager dans la plantation d’arbres, représentant d’ailleurs l’une des pratiques les plus en vogue.

Dans la province, l’achat de crédits compensatoires de carbone s’effectue sur une base volontaire pour monsieur et madame Tout-le-Monde. Seuls les « grands émetteurs », groupe constitué des sociétés québécoises les plus polluantes, sont obligés de compenser une part de leurs émissions de CO2 s'ils ne parviennent pas à atteindre les cibles de réduction imposées par le gouvernement.

« S'ils réussissent à réduire leurs émissions de carbone eux-mêmes, ils peuvent, mais ne sont pas obligés d'acheter des crédits compensatoires. Seulement 8 % de la totalité de leurs émissions peuvent être compensés de cette façon. » souligne François Lafortune, professeur en chimie environnementale à l'Université de Sherbrooke. Environ 100 entreprises québécoises sont actuellement contraintes au marché carbone règlementé. 

Émet-on du carbone seulement en voyageant?

Eh bien non! D’après les données de la Banque mondiale recueillies en 2014, chaque Canadien engendre en moyenne l’émission de 15,12 tonnes de CO2 par année. De cette masse polluante, près de 40 % sont générés par les carburants issus du transport. « Plus un véhicule consomme de carburant, plus il émet des GES, principalement sous forme de dioxyde de carbone, le CO2 », peut-on lire sur le site du ministère des Ressources naturelles du Canada. En ce sens, une personne qui se déplace en voiture, en autobus ou en avion génère du CO2. L’intensité de ses émissions fluctue selon la fréquence de ses allées et venues et le moyen de locomotion utilisé.

Les autres émissions de dioxyde de carbone se produisent par la simple utilisation d’énergie. En ce sens, plus une personne se tourne vers des énergies vertes, plus elle diminue ses émissions de CO2. L’achat d’aliments en vrac, une alimentation majoritairement végétarienne et le compostage des matières résiduelles représentent quelques façons faciles de réduire son empreinte carbonique.

Mais pourquoi faut-il diminuer ses émissions de CO2?

Revenons à la base. Que sont les GES? Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec définit ces gaz comme « des émanations naturelles présentes dans l’atmosphère – composées principalement de carbone – qui contribuent à retenir la chaleur près de la surface de la Terre. » Sans GES, ce serait l’hiver à l’année : la température moyenne de la planète avoisinerait les -18 °C. Leur présence se révèle donc essentielle pour les êtres vivants, mais sous certaines conditions.

Je vous explique! Avec l’avènement de la révolution industrielle, il y a un peu plus de 200 ans, les quantités de GES jetées dans l’atmosphère ont augmenté de manière exponentielle. L’utilisation excessive des combustibles fossiles, tels que le pétrole et le charbon, et la déforestation ont notamment mené à cet accroissement. Et puisque les gaz à effet de serre influencent la température terrestre, leur amplification massive l’a fait grimper de près d’un degré Celsius depuis 1880.

Au premier abord, bon nombre de personnes, dont notre amie Martine, pourraient se montrer favorables à un ou deux degrés de plus sur le thermomètre de la Terre. Cependant, si cette augmentation peut paraître minime, ses conséquences s’avèrent énormes sur les écosystèmes, la santé humaine, l’économie, etc. Pour éviter la prolifération des catastrophes naturelles, les humains doivent sans contredit réduire leur empreinte carbonique et ainsi empêcher que le mercure grimpe davantage.

Alors, devrait-on se procurer des crédits compensatoires de carbone pour réduire son empreinte?

Selon François Lafortune, professeur en chimie environnementale, les crédits carbone ne constituent pas une solution en tant que telle.

« L’achat de ces crédits représente quasi une goutte d’eau dans l’océan » - François Lafortune

À son avis, cette pratique doit plutôt s’inscrire parmi une multitude d’initiatives.

L’expert en vérification de projets de réductions d’émissions de gaz à effet de serre souligne que ces crédits ne devraient qu’être utilisés lorsqu’aucune autre mesure pour séquestrer ses émissions carboniques n’existe. D’après lui, il faut plutôt commencer par réduire ses émissions de CO2 à la source. Ensuite, si la réduction est impossible ou trop coûteuse, c’est là que les crédits carbone compensatoires deviennent intéressants.

Revenons à nos moutons. Afin d’éliminer les émissions de carbone qu’elle a engendrées, Martine pourrait sans contredit acheter des crédits compensatoires. Son vol serait considéré comme carboneutre. Dans ce cas-là, c’est une bonne idée.

Cela étant dit, pour ses prochains voyages, il serait plus favorable sur le point de vue écologique qu’elle opte pour une destination à proximité de son domicile. De surcroît, au lieu de se rendre dans le Sud annuellement, elle pourrait y aller aux trois ou cinq ans. Il existe différentes façons de réduire son empreinte de carbone. Ces idées demeurent des suggestions et surtout un choix personnel.

Comment acheter des crédits compensatoires?

Plusieurs organismes œuvrent aujourd’hui sur le marché des crédits carbone compensatoires volontaires. En ligne, nombreux d’entre eux permettent leur achat, et ce, de façon rapide et sécuritaire.

Selon François Lafortune, la majorité des entreprises qui ont pénétré ce milieu depuis 2010 sont dignes de confiance. « Les règles du jeu deviennent de plus en plus exigeantes. Il faut cependant demeurer sur nos gardes », souligne-t-il. Quelques consommateurs estiment s’être fait arnaquer au début des années 2000.

L’un des éléments les plus importants à vérifier avant de se procurer des crédits compensatoires est le caractère additionnel de l’investissement écologique, soutient Monsieur Lafortune.

« C’est là où le bât blesse. Il faut s’assurer que les crédits achetés permettront la mise en place de projets qui n’auraient pas été réalisés sans le marché du carbone. » - François Lafortune

Le professeur de l’Université de Sherbrooke avise les consommateurs de bien s’informer sur l’entreprise avant de procéder à l’achat. Les certifications Gold Standard et Voluntary Carbone Standard représentent de bons gages de  qualité.

Sur ce, bon voyage!

Infographies : Les changements climatiques en chiffres, Radio-Canada