« [Les parties [sont encouragées à] [peuvent] [soutenir et] mettre en œuvre] [le [mécanisme] [cadre] pour] des approches politiques et des incitatifs positifs pour réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts. » Les négociations en vue de l’entente à la fin de la COP21? Ça ressemble à cet extrait de texte.

Tout ce qui est entre parenthèses (ou entre crochets, diraient les puristes) est sujet à débat. C’est là-dessus que travaillent en comités, depuis des mois, sinon des années, les représentants des différents pays — ou « parties », dans le langage de la Convention des Nations Unies sur le climat. Par conséquent, pour qu’un paragraphe se retrouve officiellement dans l’éventuelle entente internationale, il faut qu’il n’y ait plus de mots entre parenthèses.

Certaines des parenthèses encore sous discussion sont faciles à comprendre par le non-initié : « Maintenir l’augmentation de la température moyenne globale [sous 1,5 degré Celsius] [ou] [largement sous les 2 degrés Celsius] au-dessus des niveaux préindustriels… »

D’autres en sont illisibles lorsque ce qui fait consensus se résume à quelques mots noyés sous les parenthèses... voire des parenthèses dans les parenthèses : « Un [mécanisme] [comité] [avec différenciation entre les Parties pays développés et les Parties pays en voie de développement] [applicable à toutes les Parties] pour promouvoir [[et adresser] en conformité avec] et faciliter la mise en œuvre [des dispositions de cette Entente]… »

Ainsi que les médias l’ont rapporté, le 3 décembre 2015, le brouillon du document avait été ramené de 57 à 50 pages ; le 5 décembre, à 46 pages et dans la version soumise aux délégués dans l’après-midi du 9 décembre, à 29 pages. Mais c’est en fait le nombre de parenthèses qui importe : lorsque les négociateurs se sont revus à l’ouverture de la COP21, il en restait plus d’un millier. Dans la version de 46 pages, il n’en restait « que » 500. Dans celle du 9 décembre, 366.

Bien que ni le public ni les journalistes n’aient accès aux réunions des comités, les brouillons successifs sont mis en ligne sur le site de la Convention des Nations Unies sur le climat. Et c’est ainsi que les experts peuvent à l’occasion pointer une stratégie... cachée derrière une parenthèse. Par exemple, l’Arabie Saoudite, apparemment mécontente du paragraphe sur les droits de l’homme et l’égalité des sexes, a fait ajouter une parenthèse sur les « peuples sous occupation » ce qui, dans la version du 5 décembre, donnait ceci : « Mettre l’accent sur l’importance de promouvoir, protéger et respecter tous les droits de l’homme, le droit au développement, le droit à la santé et les droits des peuples autochtones, des migrants, des enfants, des personnes avec un handicap et des peuples vivant dans des situations climatiques délicates [et sous occupation] tout en faisant la promotion de l’équalité des genres et de la responsabilisation des femmes… »

La conséquence, analysait Lisa Friedman, de Greenwire : c’est un ajout auquel les États-Unis et Israël vont très certainement s’opposer. Ce qui veut dire que soit l’Arabie Saoudite le retire, soit la phrase au complet est retirée, faute d’un consensus. Dans la version du 9 décembre, la phrase, légèrement remaniée, est à présent tout entière entre parenthèses.

Mais il y a aussi des phrases dont le consensus ne garantit pas l’efficacité : « les parties s’entendent pour une action urgente » sur le climat ne fait plus l’objet de débats depuis longtemps. Ce qui ne veut pas dire qu’elle se soit traduite par un virage politique.

Pour en savoir plus

Paris in brackets: a guide, The Atlantic, 1er décembre.
- Le projet d’entente du 9 décembre