(Photo prise par Tomasz Sienicki/Wikimedia Commons)

Demain, j’arrête… ou peut-être un autre jour! Pas si simple d’arrêter de fumer si votre cerveau s’emballe lorsque vous voyez un autre fumeur s’adonner à ce plaisir coupable. Des chercheurs québécois viennent en effet de montrer que nous ne sommes pas tous égaux devant la cigarette.

« D’un point de vue génétique, il y a différents types de fumeurs. Et ils fument pour différentes raisons », confirme le neuroscientifique Alain Dagher, chercheur à l’Institut neurologique de Montréal, affilié à l’Université McGill.

Les fumeurs les plus vulnérables à la cigarette possèderaient un métabolisme nicotinique rapide, c’est-à-dire dire qu’ils dégraderaient la nicotine plus rapidement. Résultat : la nicotine circulerait en plus grande concentration dans le sang. Contrairement à ceux qui possèdent un métabolisme nicotinique lent, ces « accros » de la cigarette auraient plus de mal à s’arrêter de fumer et seraient plus souvent sujets à des rechutes.

Pour arriver à ces conclusions, le chercheur et son équipe ont soumis une trentaine de participants (15 présentant un métabolisme rapide et 15 autres, lent) à une technique d’imagerie par résonance magnétique. Ils ont constaté chez les premiers une plus grande activité cérébrale face à certaines stimulations, par exemple, voir une personne inhaler de la fumée de la cigarette.

Différentes régions du cerveau, de l’amygdale (siège de la mémoire) au cortex cingulaire (qui implique la motivation) s’allument rapidement en présence de ces stimuli. « On a plus de chance de retrouver des « métaboliseurs » rapides de la nicotine chez ces fumeurs. Ils ont une sorte de prédisposition pour elle », constate le chercheur.

Chez les fumeurs au métabolisme rapide, la simple vue d’une cigarette déclenchait des réactions physiques conditionnées, car ils l’associeraient immédiatement à la prise de nicotine. Tandis que les autres, dont la concentration serait plus constante, y seraient moins sensibles. Selon les chercheurs, il faut voir là la raison pour laquelle un traitement unique reste sans effet et qu’il est si difficile d’arrêter de fumer.

Sacrée nicotine

Lorsque le fumeur tire sur sa cigarette, la nicotine présente dans le tabac (et les autres composés de la cigarette) pénètre dans ses poumons et circule dans son sang. Ingérée par l’organisme, la nicotine est ensuite métabolisée par le foie.

C’est une enzyme du foie, codée par les gènes, qui régulerait le niveau de nicotine à métaboliser. Chez la moitié de la population, la présence d’une mutation du gène, le cytochrome P2A6, accélérera la circulation de la nicotine dans le sang.

Une plus grande concentration de nicotine rejoindra plus rapidement le cerveau chez ces fumeurs. « Ce que démontre notre étude, c’est que la nicotine est l’élément de conditionnement », explique le chercheur.

Il faut donc que le traitement pour arrêter de fumer soit adapté au type de fumeur, pensent les chercheurs. Pour réprimer leur désir puissant de fumer, les fumeurs au métabolisme rapide devront éliminer toute trace de nicotine, diminuer les stimulations de leur environnement et adopter certaines stratégies comportementales. Tandis que pour les fumeurs moins réactifs aux poussées de nicotine, les cigarettes électroniques et les timbres de nicotine auront suffisamment de succès.

Le gène du gros fumeur?

Les accros de la cigarette peuvent être dépistés par prise de sang et génétiquement. « On savait déjà qu’il existe un facteur génétique pour la dépendance, il suffit de regarder dans les familles, mais là, on a trouvé pourquoi certaines personnes étaient plus prédisposées que d’autres à fumer », précise le neuroscientifique Alain Dagher. Déjà connus du côté de la dépendance à l’alcool, et maintenant la cigarette, les gènes affectent nos comportements via le système neural du plaisir et de la récompense. Ces recherches restent encore controversées, car il est encore difficile de distinguer la part de l’individu de celle de l’environnement.