Si vous avez entendu parler ces derniers jours de cigales qui vivent à des centaines, voire des milliers de kilomètres de chez vous, ce n’est pas (seulement) parce qu’elles sont américaines. Un cycle de vie de 17 ans, ce n’est pas seulement inhabituel, c’est énigmatique : comment ces cigales font-elles pour compter jusqu’à 17?

Parce que la Magicicada, qui émerge ce printemps d’un sommeil de 17 ans, a en effet le plus long cycle de vie connu du monde des insectes. Certaines familles ressortent du sol après 13 ans, d’autres après 17 ans. Et elles sortent toutes en même temps.

Tout cela, de plus, pour seulement quelques semaines de vie frénétique : après être sortis du sol, ces insectes — par centaines de millions — grimpent après tout ce qui est à leur portée, se laissent pousser des ailes, puis les mâles chantent à tue-tête pour attirer les femelles... Après quoi les femelles pondent leurs œufs, et meurent. Les larves qui émergent de ces œufs redescendent dans le sol, et on n’en entend plus parler avant le cycle suivant.

On peut comprendre qu’il ait fallu du temps aux scientifiques pour comprendre ce qui leur tombait dessus : en 1665, les Philosophical Transactions of the Royal Society — un grand-père des revues scientifiques actuelles — publiaient un rapport en provenance de la lointaine Nouvelle-Angleterre, d’où perçait une incompréhension face à cette soudaine « invasion d’étranges insectes ».

Trois siècles et demi plus tard, on a fini par comprendre qu’il s’agit d’un cycle de vie, et non d’une dangereuse épidémie — l'insecte ne pique pas et ne s'attaque pas aux récoltes —, mais on n’est guère plus avancé sur la façon dont ces cigales savent qu’elles doivent sortir en 2013 plutôt qu'en 2014.

Il existe des milliers d’espèces de cigales à travers le monde. Seules les sept Magicicada d’Amérique du Nord ont un cycle de vie aussi étiré.

Autant dire que les entomologistes ont du pain sur la planche ces jours-ci : s’ils laissent passer l’occasion de récolter des « échantillons », plusieurs seront à la retraite lors de la prochaine sortie.

Pas de chance pour les Québécois, bien que ces cigales périodiques couvrent un vaste territoire allant du Midwest jusqu’à la côte atlantique, les plus « nordiques » s’arrêtent au sud de l’État de New York.

D’un autre côté, quiconque ne partage pas son territoire avec ces centaines de millions de cigales aux yeux rouges serait malavisé de s’en plaindre : leur chant atteint les 95 décibels, assez pour faire mal aux oreilles humaines.

Pour en savoir plus

Un reportage de Chantal Srivastava à l'émission Les années lumière de Radio-Canada

Une application du New Scientist

Le texte de vulgarisation qui a inspiré celui-ci : Richard Monastersky, Long-lived insects raise prime riddle, Nature, 28 mai 2013.

Un film à voir : Le retour des cigales