Qu’est-ce qui explique la grande endurance du chameau?

Un chameau de Bactriane dans le désert.
Photo : iStock

Cet article est en lien avec l'émission La vie secrète des animaux

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Pour souligner la troisième saison de la série documentaire La vie secrète des animaux, la biologiste du Zoo de Granby Julie Hébert répond à des questions inusitées sur le règne animal. Cette semaine, elle s'intéresse à l’endurance incroyable du chameau de Bactriane!


Tel un habile sculpteur, l’évolution façonne les êtres vivants en leur permettant, au fil du temps, de toujours mieux répondre à leur environnement. C’est ce qui permet aux espèces vivantes de conquérir l’ensemble des habitats disponibles, même ceux qui nous apparaissent les plus hostiles. Peu de milieux terrestres sont aussi inhospitaliers que les déserts, chauds ou froids : l’eau et la nourriture y sont rarissimes, les variations de température y sont extrêmes et les dangers sont partout.

Pourtant, quelques espèces animales font de ces lieux arides leur demeure : parmi ceux-ci, le chameau de Bactriane. 

C’est dans le désert de Gobi, en Mongolie, que l’on retrouve la dernière population de chameaux de Bactriane à l’état sauvage. Couvrant près de 1 300 000 km2, celui qui est considéré comme l’un des plus grands déserts au monde est réputé pour ses écarts de température importants : de 38 °C pour les journées d’été les plus chaudes à −40 °C pour les nuits d’hiver les plus froides. 

Un chameau de Bactriane dans un désert enneigé.

Photo : iStock

En seulement 24 heures, les températures peuvent varier de 35 degrés : les animaux qui y vivent doivent donc faire preuve d’une grande endurance et être bien adaptés à ce contexte difficile. 

Tout comme son proche cousin, le dromadaire, le chameau est bâti pour répondre aux conditions extrêmes imposées par son environnement. 

Sa fourrure isolante claire agit comme un bouclier thermique, à l’image d’un vêtement qui viendrait protéger la peau d’une exposition directe aux chauds rayons du soleil en été. 

Se densifiant en hiver, elle vient isoler l’animal de la morsure du froid durant les nuits glaciales. Le chameau est également capable d’endurer une variation de température corporelle entre 34°C et 41°C, et ce, sans effet sur sa santé : en comparatif, un être humain supporte difficilement une variation de température interne de plus de 1°C sans manifester de symptômes (fièvre, hypothermie). 
 

Des bosses extrêmement utiles

L’un des attributs les plus spectaculaires du chameau est sans contredit la présence des deux bosses sur le dos. Là encore, on découvre une adaptation judicieuse permettant à l’animal de répondre aux défis liés à son environnement. 

Non, les bosses ne contiennent pas d’eau! Elles sont en fait des réserves de graisse que le chameau utilise lorsqu’il est privé de nourriture sur de longues périodes : chacune peut peser jusqu’à 23 kg (50 lb)! 

La conversion métabolique de cette graisse fournit deux fois plus de protéines et d’hydrates de carbone que toute autre source d’énergie. De plus, pour chaque gramme de graisse converti, un gramme d’eau métabolique est produit. Et c’est d’ailleurs dans sa capacité à économiser l’eau que se cache le secret de son extraordinaire capacité d’adaptation à la rudesse de son milieu.

 

Économiser son eau pour survivre

L’animal peut se priver d’eau sur une très longue période sans souffrir des effets de la déshydratation. En fait, il peut perdre jusqu’à 30 % de son poids corporel en eau, et ce sans séquelles : chez l’humain, une perte supérieure à 12 % peut s’avérer fatale pour la moyenne des gens. 

Malgré tout, le chameau minimise au maximum ses pertes en eau, ne sachant jamais à quand sa prochaine gorgée! Ses excréments sont très secs et son urine très concentrée comparativement aux autres mammifères de même taille : elle peut être deux fois plus concentrée en sel que l’eau de mer.  

Plan rapproché d'un chameau de Bactriane.

Photo : iStock

De plus, bien que l’animal possède des glandes sudoripares, il sue rarement, sauf en situation d’extrême chaleur, lui permettant ainsi de minimiser les pertes d’eau par évaporation : sa toison isole sa peau de la chaleur directe et réduit l’utilisation de cette stratégie pour diminuer la température interne du mammifère. 

Merveilleusement bien adapté, tôt ou tard, le chameau doit tout de même boire de l’eau : placé devant une source, l’animal boit tout son soûl, il peut ingurgiter une centaine de litres d’un seul coup!  

Domestiqué depuis plus de 4 500 ans, le chameau de Bactriane a permis aux populations humaines vivant dans les coins les plus inhospitaliers de la planète de se nourrir, de participer à des échanges commerciaux et de voyager entre différentes communautés isolées. 

S’ils se comptent par millions à l’état domestique, la population sauvage ne regroupe plus qu’un millier d’individus. Compagnons fidèles d’une vie marquée par les conditions extrêmes, les chameaux du désert de Gobi ont désormais plus à craindre des activités humaines que de leur environnement s’ils veulent survivre à l’extinction.


Tous les vendredis à 19 h 30 sur ICI Explora, La vie secrète des animaux vous permet de découvrir avec humour le quotidien des animaux du Zoo de Granby en compagnie de Stéphane Rousseau!