Ces monstres qui peuplent nos égouts
Adrian Dennis/AFP via Getty Images

La semaine dernière, Radio-Canada rapportait que les lingettes désinfectantes étaient la source de plusieurs blocages dans les égouts de certaines municipalités depuis le début de la crise sanitaire. En plus de ces problèmes, les travailleurs qui s’occupent de nos canalisations doivent aussi faire face à d’autres problématiques déplaisantes, et parfois à des découvertes qui sortent de l’ordinaire.

Bien que les histoires d’alligators dans les égouts puissent être chose commune à des endroits comme la Floride ou la Louisiane, elles relèvent plus du mythe que de la réalité au Québec et dans le reste du Canada. Dans les longs corridors humides de nos canalisations, le rat est roi, mais son royaume n’est pas particulièrement attrayant.

C’est un roc! C’est un pic! C’est un cap! C’est un… fatberg?!

En changeant trois petites lettres, un iceberg perd rapidement son allure majestueuse pour se transformer en immonde amas de graisse. Ces fameux fatbergs sont principalement constitués de matières grasses qui proviennent de l’alimentation humaine, ils sont la cause d’énormes blocages nauséabonds au cœur des systèmes de canalisations des grandes villes.

Sous Londres, le problème est tel que la BBC fait état de fatbergs de 130 tonnes, étendus sur une longueur de 250 mètres. Pour mieux comprendre l’ampleur du phénomène, l’équipe du documentaire Un monstre dans les égouts a étudié de près un fatberg de 750 mètres. Diffusé le vendredi 3 avril à 20 h sur ICI Explora, ce documentaire permet d’en savoir plus sur cet étrange problème qui ravage les entrailles de nos villes.

C’est surtout en raison de ces blocages qu'il est important de ne jamais verser d’huile ou de matières grasses dans les éviers ou les toilettes. Au Québec, la Société de gestion des huiles usagées (SOGHU) possède des points de dépôt un peu partout, ce qui nous permet de nous débarrasser de l’huile sans nuire aux canalisations.

 

L’effroyable « Carolina poop monster »

En 2009, une vidéo virale a été la source de nombreuses interrogations. Dans les égouts de la ville de Raleigh, capitale de l’État de la Caroline du Nord, un véhicule télécommandé a capturé, sur la paroi d’un tunnel, les images d’une matière organique palpitant tel un cœur humain. Nous vous laissons constater cette découverte grotesque dans la vidéo ci-dessous.

Heureusement, ce phénomène, qui semble tout droit sorti de Resident Evil, possède une explication tout à fait raisonnable. La vidéo en question n’est pas un trucage, mais cette « matière palpitante » est, en fait, une espèce particulière de vers qui peut vivre en colonie, le tubifex.

Ce monstre, que les internautes se sont amusés à baptiser « Carolina poop monster », est donc plutôt une manifestation physique des nombreuses créatures qui cohabitent au cœur de nos égouts.

En plus de ces colonies de vers à l’allure repoussante, il n’est pas rare d’y trouver des renards, des canards, des serpents, des crapauds et même de pauvres chats qui regrettent sans doute de s’être ainsi égarés.

Des gaz qui tuent

Les énormes amas de graisses et les tubifex sont sans doute bien déplaisants pour tout être vivant qui s’aventure dans les égouts, mais ces derniers doivent surtout demeurer vigilants quant aux gaz nocifs comme le sulfure d’hydrogène, puisqu’ils peuvent être létaux. Produits, en majorité, par la décomposition des matières organiques, ces effluves toxiques peuvent aussi, parfois, représenter un risque d’explosion.

Dans certains cas, on peut reconnaître ces gaz grâce à leur odeur déplaisante, mais ils sont parfois inodores ou simplement camouflés par l’ambiance olfactive des égouts. Pour les personnes qui doivent travailler dans cet environnement, les détecteurs de gaz sont un outil essentiel qui permet d’assurer leur sécurité.

Les égouts ne sont donc peut-être pas le meilleur endroit pour une promenade de santé, et même les plus téméraires devraient y penser à deux fois avant d’y mettre les pieds. D’ailleurs, dans la plupart des municipalités, il est illégal d’y entrer sans permission, mais cela ne semble pas empêcher des explorateurs et des exploratrices de l’univers urbain de s’y aventurer le temps d’y capturer quelques clichés. À chacun sa passion!