Une canicule inédite dans une région du monde fait partie de l’ordre normal des choses. Cinq en même temps, et au printemps, faut-il parler d’une coïncidence, ou s’en inquiéter?

Avec des températures qui avoisinent les 45 degrés Celsius, les médias ont beaucoup parlé du Pakistan, où le nombre de morts a dépassé le millier. Mais c’est aussi une partie de l’Inde qui a souffert de la même double vague de chaleur — l’une en avril-mai et l’autre maintenant — faisant en tout près de 3000 morts.

L’absence d’une infrastructure électrique fiable dans beaucoup de villes a été pointée du doigt pour expliquer le nombre élevé de morts; non seulement faut-il être riche pour se payer une climatisation, mais même ceux qui en ont font souvent face à un réseau électrique qui ne peut pas satisfaire la demande, et les pannes sont fréquentes.

À la fin du mois de juin, la température est finalement redescendue aux environs de 35 degrés au Pakistan, apportant un peu de répit, en particulier dans la mégalopole de 20 millions d’habitants, Karachi.

Canicules en Israël et au Japon

Très loin de là, c’est l’État d’Israël qui a fait face au début du même mois à des sommets de 45 degrés. Là-bas, les infrastructures ont tenu le coup, et on ne déplore apparemment que la mort d’un touriste.

Le Japon, la Corée et l’est de la Chine ont également fait face à des températures records pour le printemps. Au Japon, les services de santé rapportent que 780 personnes ont été admises dans les hôpitaux pour des coups de chaleur; seulement deux décès.

Et aux États-Unis

Enfin, les États-Unis ont été frappés par deux canicules, à leurs deux extrémités : le sud-est, incluant la Floride, de même que... l’Alaska. Dans le premier cas, les températures ont dépassé lors de la dernière semaine du mois de juin la normale de 5 à 15 degrés pendant plusieurs jours d’affilée.

Mais c’est l’Alaska qui a davantage attiré l’attention, les météorologues soulignant qu’à la fin de mai et au début de juin, la température y était par moments plus élevée qu’en Arizona. C’est sans doute là, dans l’Arctique, que les signes qu’il ne s’agit pas d’une « simple » canicule, mais d’un réchauffement plus global sont les plus visibles. Et la conséquence, en ce début d’été, ne se mesure pas en nombre de morts, mais par plus d'une centaine de feux de forêts en Alaska.

Dans tous ces cas, les solutions pour atténuer les effets immédiats d’une canicule sont connues : sensibiliser la population à l’importance de boire beaucoup d’eau; transformer des lieux publics climatisés en centres d’accueil pour les personnes les plus vulnérables. Mais les rapports en provenance de ces différents pays révèlent une disparité prévisible entre riches et pauvres : au Pakistan et en Inde, la grande majorité des victimes sont des personnes pauvres et âgées.

Quant au lien à faire avec le réchauffement climatique, les spéculations vont bon train. S’il s’agit d’un avant-goût de ce que les prochaines décennies nous préparent, personne ne semble en mesure de prévoir où ça frappera le plus fort et à quelle vitesse. Reste que selon les derniers chiffres de l’Agence américaine des océans et de l’atmosphère, l’année 2015 est à son tour en lice pour de nouveaux records : la période de janvier à mai a dépassé de 0,1 degré le record de 135 ans atteint pendant la même période en 2010.

Si on ne considère que les températures de mai, c’est aussi un record de plus de 130 ans (le record précédent avait été atteint... l’an dernier). Et c’est le 7e mois, sur les 10 derniers, à atteindre un tel sommet.