Réuni à la Maison du développement durable de Montréal, un panel de chercheurs a réitéré l'urgence d'agir au Québec contre les pesticides néonicotinoïdes aussi appelés néonics, responsables de la disparition de milliards d'abeilles à chaque année.

En cette première Journée internationale de l'abeille, l'organisation Équiterre avait invité le Dr Jean-Marc Bonmatin du Centre de la recherche scientifique de France (CNRS), ainsi que Madeleine Chagnon, professeure associée au Département de sciences biologiques de l'UQAM. Ces deux spécialistes font partie du Task Force on Systemic Pesticides, un regroupement d'experts qui se penchent sur les effets écologiques des néonics sur la faune et la flore.

Selon le Dr Jean-Marc Bonmatin, ce type d'insecticide affecte le système nerveux des insectes, provoquant la paralysie et la mort. « Les néonics sont hautement toxiques et sont utilisés seulement de manière préventive », a-t-il déclaré. Les abeilles sont exposées aux toxines lors de la pollinisation, étape essentielle de la reproduction des plantes.

Tout comme son collègue français, Madeleine Chagnon est persuadée que l'utilisation de ces substances est injustifiée. « Il a été prouvé que l'usage des néonics était complètement inutile et n'augmentait pas le rendement », a-t-elle expliqué. Près de 500 000 hectares de culture de maïs sont traités de cette manière au Québec.

Un modèle à suivre

Pour Lisa Gue de la Fondation David Suzuki, le gouvernement canadien est très lent à réagir. « Nous avons près de trois ans de retard sur l'Europe qui a imposé un moratoire sur l'utilisation des néonics, a-t-elle rappelé. En Amérique du Nord, il n'y a que l'Ontario qui semble sur le point de faire quelque chose. »

En effet, si les recommandations sont acceptées, les néonics seraient enrayés à 80% des champs ontariens. « Nous aurions voulu une interdiction finale mais c'est déjà un grand pas pour l'environnement », a conclu Mme Gue.

Sans abeilles et leur pollinisation, l'agriculture est en péril. De plus, les études prouvent que les pesticides remontent la chaîne alimentaire jusqu'aux aliments qui se trouvent dans nos assiettes. Notre santé physique est donc directement liée à la lutte aux pesticides.

Le mot de la fin revient au Dr Bonmatin: « Il ne faut pas attendre d'être au pied du mur pour prendre des décisions; la survie des abeilles passe par une volonté politique ».

Pour en savoir plus

Article de La semaine verte: Le déclin des abeilles

Reportage de Découverte: Les abeilles, sentinelles de l'environnement