Quelques membres de l'équipe de Normand Jr Piché célèbrent sur un bateau avec un drapeau du Québec.
Anne-Claude Roberge

En 2016, Normand Jr Piché a fracassé un record du monde : il a traversé 5 continents à la nage, et ce, en seulement 74 jours. Toutefois, si l’exploit lui appartient, il revient également à son équipe, qui lui a permis de se doter d’une force physique et psychologique quasi surhumaine.

Rencontre avec la docteure Manon Côté ainsi que l’entraîneuse Anastasia Polito, deux piliers de cette dangereuse aventure, dont le récit sera présenté sous forme de documentaire le lundi 13 mai sur ICI Explora.

Lorsque Normand Jr Piché a eu l’idée de se lancer dans cette importante traversée en 2014, son intention semblait tout sauf rationnelle. En plus de vivre une période trouble sur les plans personnel et professionnel, l’homme dans la quarantaine n’était pas proprement dit un athlète. À vrai dire, il se décrivait lui-même comme un amateur.

Cependant, la réussite d’une telle épreuve demandait davantage que de l’ambition. Normand Jr Piché allait devoir affronter des conditions météorologiques extrêmes, des eaux glaciales, des vents tumultueux et même des prédateurs marins.

« Quand tu nages en eau libre, tu n’as aucun contrôle. C’est quelque chose qui est imprévisible et qui, surtout, ne pardonne pas », explique d’emblée la médecin Manon Côté, qui a veillé à la santé du sportif avant son départ. Quelques mois avant l’aventure, elle a d’ailleurs soumis son patient à une série de tests afin d’éviter qu’un imprévu dramatique survienne.  

Selon elle, l'une des menaces qui pesaient le plus sur Normand Jr Piché s’avérait le risque élevé de « choc au froid ». La Dre Côté explique que la pression artérielle ainsi que la fréquence cardiaque d’un nageur ont tendance à augmenter dans les eaux glacées, ce qui peut accélérer sa respiration de façon alarmante. « S’il hyperventile, il peut avaler de l’eau et la situation est susceptible de devenir extrêmement dangereuse  », explique-t-elle.

Au cours de la première traversée de M. Piché, de l’Alaska à la Russie, les conditions se révélaient en ce sens extrêmement périlleuses. La température de l’eau avoisinait 4 °C. À titre comparatif, la fédération québécoise de triathlon interdit toute nage dans les eaux dont la température est égale ou inférieure à 12 °C pour des raisons de sécurité.

Tout calculer

Dre Manon Côté, tout comme l’entraîneuse Anastasia Polito, s’émerveille encore aujourd’hui de l’exceptionnelle capacité d’adaptation du corps de M. Piché. D’après elles, cet exploit réside certainement dans la détermination sans limites de cet athlète. « Il a consacré deux ans de sa vie à l’entraînement de son corps et de son esprit », précise Madame Polito, qui a fait partie de l’équipe canadienne de triathlon de 2002 à 2006.

L’un des exercices les plus exigeants a certainement été l’acclimatation de l’aventurier aux eaux glacées. « À partir de janvier 2016, Normand devait s’entraîner à ne pas bouger et à garder le contrôle dans des bassins que nous remplissions de glace », dit la médecin. Cette préparation visait à éviter les risques inhérents d’hypothermie.

La médecin se souvient que le sportif, aussi père d’une jeune adulte, prenait des bains de quelques minutes à une température de 14 °C lors des premiers entraînements. À la fin, il a réussi à demeurer pendant 30 minutes dans une eau à seulement 3,1 °C.

Madame Polito soutient que son élève avait également à s’améliorer sur le plan de la technique. « Lors de notre premier entraînement, un peu plus d’un an avant la grande traversée, il n'était pas près de la réussite », se rappelle-t-elle.

Afin qu’il parvienne à son but, celle qui enseigne également le yoga, lui avait planifié des entraînements en piscine ainsi qu’en eau libre, et ce, à raison de six fois par semaine. « Normand avait un grand potentiel, mais ce n’était pas suffisant. Il fallait absolument qu’il adopte une meilleure technique, [qu’il fasse preuve d’une] plus grande endurance et [atteigne une plus grande] vitesse », dit-elle.

Dès l’arrivée des temps plus chauds, ils partaient régulièrement ensemble vers les lacs du Québec pour recréer le plus possible les conditions que l’athlète allait devoir affronter lors des cinq traversées. Sur sa planche à pagaie, madame Polito suivait Normand Jr Piché pendant des heures. La plus longue expédition dans la province a été réalisée au lac des Deux Montagnes, sur lequel ils ont navigué durant près de neuf heures.

Même si elles concèdent avoir pris part à ce record du monde, les deux femmes octroient néanmoins ce succès à ce passionné. Pour elles, ce que Normand Jr Piché a accompli relève d’une force presque surhumaine.

Pour voir des images totalement saisissantes de cette traversée et surtout faire la connaissance de Normand Jr Piché, ne manquez pas le documentaire O5 : 5 continents à la nage, le lundi 13 mai à 22 h sur les ondes d'ICI Explora.