La deuxième édition de la Convergence – une des plus grandes conférences de Permaculture en Amérique du Nord – se tiendra du 18 au 20 juillet 2014, à Frelighsburg (Québec).

Bien qu’elle ait permis d’augmenter le rendement agricole il y a de cela plusieurs décennies, l’agriculture intensive, telle qu’elle est pratiquée actuellement, est non durable et totalement inefficace. Elle utilise plus de ressources et d’énergie qu’elle n’en produit - surfaces agricoles, eau, pétrole - et est une grande productrice de gaz à effet de serre, avec 10 % des émissions nationales totales en 2012, selon Environnement Canada. L’équipement lourd exigé par les monocultures empêche le sol de respirer, faisant en sorte qu’il s’appauvrie d’année en année. Sous ce mode de culture, les fertilisants chimiques, herbicides, fongicides, insecticides et pesticides qui empoisonnent les nappes phréatiques et tuent de nombreuses espèces deviennent une triste nécessité. Et les coûts en matière d’économie, de santé et d’écosystèmes sont faramineux.

La permaculture, c'est quoi ?

La permaculture est une conception de création qui s’inspire de la nature. Elle nous guide à imiter les modèles et les relations que nous pouvons trouver dans la nature et à les appliquer à tous les aspects qui nous entourent : agriculture, bâtiments, énergie, technologie, éducation, économie…Dans cette philosophie, tout est conçu pour favoriser la diversité, les liens entre les différents systèmes et l’abondance en vue de l’autosuffisance.

Un petit peu d'histoire

Dans les années '70, on commence déjà à se questionner sur l’expansion fulgurante de l’agriculture industrielle : destruction des habitats, perte de la biodiversité, baisse de la qualité des sols, pollution des cours d’eau et de la nappe phréatique... Cette dégradation est-elle justifiable ? Partout dans le monde, des méthodes alternatives sont alors mises en place. Les Australiens Bill Mollison et David Holmgren seront les premiers à développer une série de principes qui assurent à l’humanité une qualité de vie, une culture et une agriculture durables (permanent agriculture, qui deviendra plus tard « permaculture »).

Permaculture, ou agriculture permanente

La permaculture délaisse les approches méthodiques usuelles, rend désuètes toutes les règles conventionnelles et met de l’avant des traditions perdues, mais basées sur des principes modernes et logiques. Elle permet un effort minimum pour un rendement maximum. Le tout, dans le respect de la nature et des êtres qui la composent. Les stratégies pour l’appliquer varient largement en fonction de l’emplacement et des climats, mais les fondements restent constants. 

Les avantages que l’on peut retirer de la permaculture sont nombreux :

  • Tous les besoins des partenaires (animaux, plantes, humains) sont comblés, puisque les déchets de l’un deviennent le produit d’un autre;
  • La terre est plus riche et plus féconde, année après année;
  • La production est diversifiée, abondante et constante;
  • Le système est économiquement viable, environnementalement durable et socialement équitable;
  • La culture est totalement indépendante des fertilisants et des pesticides. Le contrôle des parasites, des ravageurs et des nuisibles se fait naturellement;
  • Sa dépendance au pétrole est pratiquement nulle;
  • Des souches rares ou en voie de disparition peuvent être maintenues et ravivées en collectant et stockant des semences;
  • La production est abondante et disponible sur une toute petite parcelle de terrain;
  • Cette forme d’agriculture ne dépend pas d’un seul produit. Elle est donc indépendante d’un marché fluctuant et incertain;
  • Aucune subvention n’est nécessaire (alors que l’agriculture moderne en est totalement dépendante et que les agriculteurs sont généralement soumis à un système de production qui les enfonce dans l’endettement);
  • Les coûts de transports sont minimaux (achat local).

Finalement, dans un système en permaculture, l’homme passe de consommateur dépendant à producteur responsable qui, pour un investissement minimal en temps et énergie, participe à produire abondamment des produits de consommation écologiques, sains et toujours frais.

La permaculure, c'est viable au Québec ?

L'Australie, c'est bien beau, mais est-ce que la permaculture est viable au Québec ? Écohabitation a posé la question à Kate Alvo, formatrice de l'atelier pratique Introduction à la permaculture : « La permaculture est absolument viable au Québec. Nous habitons dans le climat le plus résilient sur la planète. La permaculture est un système de design basé sur l'observation de la nature. Peu importe notre emplacement sur la planète, on peut toujours observer la nature est se baser sur elle pour trouver les solutions les plus viables et durables pour notre situation. »

Un équilibre naturel qui demande peu ou pas d'intervention humaine

La permaculture demande un investissement initial, mais permet aux systèmes de s’équilibrer naturellement, sans intervention humaine. L’analyse du terrain est suivie par la mise en place d’éléments appropriés : barrages, canaux, buttes, dénivellations, marais et végétaux. Cela permet une irrigation naturelle et la création d’un système indépendant :

  • Les racines profondes captent des éléments riches et les redistribuent à d’autres, qui les captent à leur tour, avec leurs racines en surface, permettant aux plantes de se fertiliser mutuellement.
  • Les cochons et les poules vivant en liberté ameublissent le sol, le fertilisent et ne demandent pratiquement pas de travail auprès du fermier. Ils mangent principalement les résidus des cultures (fruits qui tombent au sol, éléments non cueillis par l’homme) et les plants qui ont été plantés principalement pour eux.
  • Les pierres emmagasinent la chaleur et la redistribuent tranquillement, permettant à divers arbres fruitiers, plantes aquatiques et même aux raisins de pousser dans des climats plus arides, comme en haute montage.
  • Les systèmes aquatiques, forestiers et agricoles se mélangent et s’entraident pour favoriser une régénération naturelle des systèmes et nous fournir à nous, aux animaux, aux poissons et aux plantes impliquées, la majorité des besoins en nourriture.

La permaculture : comment faire ?

Nous aimerions vous donner une recette facile à suivre : deux grosses roches pour trois arbres fruitiers, six plants végétaux et un cochon... Mais ce n'est tout simplement pas possible ! Nous vous avons présenté les concepts de base, applicables partout. Pour les concrétiser en jardins, petits chemins, forêts nourricières sur un site réel, il vous faut développer vos capacités d'observation, d'analyse des caractérisitques, des forces et des faiblesses d'un site et de ses microclimats. Vous devrez également démontrer une belle aptitude à rechercher des solutions créatives. Pour vous aider, il existe plusieurs formations au Québec. 
 

POUR EN SAVOIR PLUS 

Permaculture Principles
Permaculture en climat froid
Permaculture Institute
Permaculture en milieu urbain

Et des vidéos vraiment, vraiment passionnants !

Les fermes Miracle Farms, du biologiste Stefan Sobkowiak (11 min)
La permaculture, ou l’art de vivre avec la nature (55 min) 

 

 

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