Santé

Naturelle : l'étiquette qui ne veut pas dire grand-chose
Publié le 7 juin 2016

Naturelle : l'étiquette qui ne veut pas dire grand-chose

Que veut dire l’étiquette « naturelle », comme dans « alimentation naturelle » ? À priori, rien. Et ça peut même être dangereux.

Cela fait longtemps qu’il n’est plus possible d’acheter à manger sans tomber sur une étagère ou une allée entière d’aliments étiquetés « naturels ». Or, même si à peu près tout et n’importe quoi peut porter cette étiquette, même si aucune réglementation précise n'existe dans la plupart des pays, on trouve néanmoins une clientèle prête à payer plus cher pour cette étiquette : un marché de 53 milliards, en hausse de 50 % depuis cinq ans, selon des chiffres de l’industrie elle-même.

Il existe une forme « d’adoration » devant l’étiquette, s’inquiète une journaliste du New Scientist, et cette absence de sens critique se reflète dans l’immense popularité de sites comme Natural News en anglais, ou Santé-nutrition point org en français : deux vedettes des réseaux sociaux, qui sont défendues bec et ongles par leurs adeptes pour la seule raison qu’elles font la promotion du « naturel ». Un terme qui en est venu, chez certains, à être utilisé en opposition à « médecine » ou « science ».

Le Globe and Mail rapporte cette semaine le cas d’une adolescente de 17 ans qui a failli mourir des suites de l’ingestion d’un thé vert « naturel » soi-disant « brûleur de calories » : un produit en vente libre mais dont certains des ingrédients peuvent avoir des effets secondaires dangereux. La littérature scientifique, rapporte le journaliste André Picard, est riche de cas où des extraits de thé vert ont été associés à de graves problèmes de reins.

S’il s’était agi d’un médicament, il serait passé par une série de tests et n’aurait été mis en vente que moyennant de sérieuses mises en garde aux médecins et aux pharmaciens. Mais un produit « naturel » peut entrer sur le marché avec des règles beaucoup plus souples : une branche de Santé Canada est spécifiquement en charge de l’approbation des produits vendus sans prescription... et « naturels ». C’est d’ailleurs là-dedans que se retrouvent les produits homéopathiques, qui disposent d’une étiquette distincte.

Reste qu’au départ, la décision de mettre l’étiquette « naturelle » sur un produit dépend avant tout du fabricant lui-même.

Les États-Unis sont contraints en ce moment d’entrer dans ce panier de crabes, parce que plus de 50 poursuites en justice ont été déposées ces dernières années par des consommateurs qui ont affirmé avoir été floués par l’étiquette « naturelle » — ce chiffre provient de la FDA, l’organisme en charge de réglementer les aliments, qui vient de terminer des consultations sur le sujet.

Nous avions une politique de longue date concernant l’usage du mot « naturel » dans l’étiquetage alimentaire. La FDA considérait que le terme « naturel » signifiait que rien d’artificiel ou de synthétique (incluant les colorants, peu importe leur source) ne pouvait être inclus, ou ajouté, dans un aliment dont on ne s’attendrait pas à ce que cela en fasse partie. Toutefois, cette politique n’avait pas pour but de traiter des méthodes de production, comme l’usage des pesticides, ou de transformation comme les technologies thermiques, la pasteurisation ou l’irradiation. La FDA n’a pas non plus suggéré que le terme « naturel » devrait décrire un quelconque bénéfice nutritif ou de santé.

C’est aussi aux États-Unis qu’en début d’année, un sondage, justement réalisé dans le contexte de ces consultations, a révélé que la majorité des gens qui achètent des produits naturels n’ont aucune idée de ce que cela veut dire : plus de 60 % croient que c’est un produit sans OGM (ce n’est pas le cas) et 45 % croient qu’il s’agit d’une étiquette certifiée par le gouvernement (non plus). Selon le magazine Consumer Reports, qui était derrière ce sondage — et qui voudrait voir l’étiquette « naturelle » disparaître complètement — 62 % des Américains auraient acheté régulièrement de la nourriture étiquetée « naturelle » en 2015.

Pour en savoir plus

Consumer Reports, « Peeling Back the «Natural» Label », janvier 2016.

 

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