Environnement

Naissance d'un éco-hameau forestier, solidaire et autonome dans Lanaudière
Publié le 15 février 2013

Naissance d'un éco-hameau forestier, solidaire et autonome dans Lanaudière

(Le site du futur éco-hameau © Coop solidaire des Maisons Populaires)

Ce type de projet peut rencontrer plusieurs problématiques en cours de réalisation. Pour connaître son évolution, consultez l'article L’écohameau de Rawdon devient le P3D, « projet de développement domiciliaire durable ».

Voici une entrevue avec Aviram, l’un des initiateurs du futur éco-hameau de Rawdon, qui vise l’autosuffisance énergétique.

Pour l’heure, c’est juste un terrain forestier de 20 acres, à trois kilomètres du centre-ville de Rawdon (Lanaudière). Mais l’automne prochain, 30 à 40 maisons très abordables et qui visent l'autosuffisance énergétique pourraient sortir de terre et former un éco-hameau pilote et communautaire, à l’initiative de la « Coopérative solidaire des maisons populaires ». Deux lots sont déjà vendus!

Entrevue au long cours avec l’un de ses initiateurs, Aviram, un eco-village designer  formé au fameux Global Ecovillage Educators for Sustainable Earth, à Findhorn, en Écosse.

Écohabitation : - À quoi va ressembler l’éco-hameau de Rawdon?

Aviram : - La coopérative et les futurs habitants vont décider ensemble de son plan-directeur définitif et de son fonctionnement. Je peux cependant délivrer les éléments de base. Il sera construit en forêt, à trois kilomètres seulement du centre-ville de Rawdon, avec une déforestation minimum. Il sera constitué de trois ou quatre regroupements de maisons, une dizaine de maisons par regroupement, et nous préserverons de tout aménagement 75% du terrain. Nous n’allons pas subdiviser le terrain! Cela nous évitera des frais d’arpenteur et de notaire, et nous pourrons ainsi échapper à l’obligation d’implanter des infrastructures qui dévorent les espaces naturels : fossés, larges routes d’accès, etc. Les maisons seront en bois, isolées avec de la cellulose, et préfabriquées dans notre atelier. Nous espérons être autosuffisants en chauffage et électricité, et créer une véritable micro-économie locale, notamment au plan agricole. Enfin, nous allons respecter les grands principes de la permaculture. Nous couperons le moins d’arbres possible, les jardins ressembleront à des petites forêts, et la circulation à l’intérieur du site se fera surtout à pied et à vélo! Nous espérons aussi que se mettra en place un système d’auto-partage.

Écohabitation : - Combien vont coûter les maisons?

Aviram : - Notre projet est solidaire, c’est celui d’une coopérative! Les maisons sont donc extrêmement abordables. Chaque terrain coûte 6000 $, et la plus petite maison, un loft pour célibataire ou couple de 30 pieds sur 14 pieds (420 pi2), coûtera entre 40 000 et 50 000 $. Il faudra ajouter à cela les taxes et la participation aux infrastructures. Chaque maison est modulable, on pourra ajouter des pièces en hauteur ou au rez-de-chaussée selon les besoins…

Nous souhaitons nous défaire de deux éléments qui découragent habituellement l’auto-construction de maisons écologiques : le fait que les maisons vertes soient perçues comme chères, et le fait que certaines familles n’ont carrément pas accès aux prêts bancaires. Nous allons permettre à des gens qui n’ont pas accès aux hypothèques de devenir propriétaires grâce à notre fond de capital communautaire. Et le système de time-banking permettra aux futurs habitants de déduire du prix de leur maison le temps qu’ils ont passé à la construire, encadrés par des spécialistes bien sûr (comme c'est déjà pratiqué par « Habitat pour l'Humanité »).

À une heure de Montréal (sans embouteillage!), ce sont des prix très intéressants. Mais attention, nous espérons que les habitants ne prendront pas la route tous les matins! Ils travailleront sur place ou à proximité. Ce n’est pas un hameau résidentiel, mais bien un lieu de vie communautaire et économique. Nous envisageons notamment le développement d’une production importante de légumes pour les marchés locaux.

Écohabitation : - Quel est le statut des futurs habitants au plan juridique?

Aviram : - Ils sont propriétaires de leur maison, et ils vont devenir les gérants de la structure (OBNL ou coopérative) qui va prendre en main le fonctionnement de l’éco-hameau. Les terres seront possédées en commun, et nous espérons la mise en place de jardins potagers communautaires, ce que l’orientation du site (au flanc sud de la montagne) devrait favoriser.

Écohabitation : - Comment vont se construire les maisons, et avec quels matériaux?

Aviram : - Nous allons construire un atelier de préfabrication, peut-être dans la municipalité de Saint-Rémy-d'Amherst (Laurentides). Pré-fabriquer les murs et les amener tels quels sur le terrain réduit l’impact environnemental du chantier : pas de grue, moins de déboisement, moins de déchets de fabrication. Les murs, planchers et toits seront hyper-isolés (R50), et les murs seront construits sur le principe de la double-ossature, adapté au climat nord-américain par un entrepreneur du Vermont. De l’isolant cellulosique sera injecté dans tous les recoins possibles. Il n’y aura ni contreplaqué, ni gypse, juste du bois et de la cellulose. La partie sud sera largement vitrée, pour profiter du solaire passif. Les maisons seront également conçues pour les personnes électro-hyper-sensibles, avec des plaques sur les panneaux électriques, et le hameau sera sans Wifi. L’Internet sera acheminé par câbles.

Écohabitation : - Comment les maisons vont-elles être chauffées et alimentées en eau et en électricité?

Aviram : - L’eau proviendra de puits communs que nous allons creuser dans divers points du site pour ne pas multiplier les tuyaux. Pour le reste, nous visons une autosuffisance énergétique grâce à un système audacieux qui se développe en Europe : la biométhanisation des eaux usées, et notamment des eaux noires. Ce système, également nommé BioReSys, et qui ne nécessite pas d’autorisation particulière, permettrait de chauffer et d’éclairer toutes les maisons, mais aussi des serres! Il devrait recevoir l’appui de compagnies intéressées  par son aspect innovant. Il serait également créateur d’emplois, et pourrait rayonner au-delà de l’éco-hameau. La biométhanisation des eaux noires évite l’installation d’égouts et d’aqueduc! Mais on peut envisager des solutions plus classiques : panneaux photovoltaïques pour l’électricité, maisons conçues pour favoriser le solaire passif, et installation de foyer de masse pour le chauffage. Nous n’excluons pas, si nécessaire, de relier le hameau aux réseaux d’Hydro Québec, mais nous souhaiterions pouvoir nous en passer. Tout sera travaillé cet hiver et décidé au printemps, lorsque les maisons commenceront à se construire. Quant aux eaux grises (issues de la douche, des lavabos, laveuses et lave-vaisselle), elles seront utilisées pour l’irrigation des potagers et des pépinières.

Écohabitation : - Ce type de projet génère souvent des conflits interminables entre les futurs résidents. Avez-vous un secret pour éviter cet obstacle?

Aviram : - Dans les projets auxquels  je collabore, je mets en place des pratiques de gouvernance inspirées de la sociocratie qui sont efficaces. En ce moment, je travaille sur un projet de monnaie locale dans les Laurentides : nous pratiquons des réunions organisées de cette manière qui permettent d’obtenir des consensus et de réduire les conflits. Et ça marche!

En savoir plus sur le futur éco-hameau de Rawdon.

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